mercredi 2 décembre 2009

Stradivarius, roi de la hifi


Le style arts premiers high tech ne va pas avec la décoration de votre salon ? Tant mieux pour votre porte-monnaie, car ces enceintes Opere Sonere ne coûtent pas moins de 175 000 euros la paire. C’est qu’elles ne sont pas que décoratives : sous leurs airs de masques destinés à faire fuir les esprits mauvais, les structures supérieures sont censées reproduire les effets vibratoires d’un Stradivarius. Pour preuve, elles sont faites du même bois, originaire de la vallée de Fiemme, au nord-est du Trentin. Le constructeur ne précise pas s’il faut attendre trois siècles pour que le bois en question atteigne son plus haut degré de mûrissement. Si tel est le cas, peut-être qu’en 2309, ces enceintes vaudront 2 700 000 euros, somme atteinte en 2006 par le Stradivarius « Hammer ». Mais nos descendants sauront-il encore à quoi ont bien pu servir ces étranges sculptures d’appartement ?

mardi 1 décembre 2009

Un abécédaire de l'orchestre pour furieux de la musique


Les applaudissements ? Selon Bernard Shaw, une pratique barbare qui consiste à saluer la plus sublime musique par un violent et hideux déchaînement de bruit. L’octobasse ? Une contrebasse à trois cordes inventée par Jean-Baptiste Vuillaume. Hauteur : quatre mètres ; longueur des cordes : deux mètres. Il en a existé trois exemplaires. La télévision ? Dans Grey’s Anatomy aussi bien que dans Desperate Housewives, les pizziccatos de cordes signalent que nous entrons dans le registre comique. Mélomane ? Furieux de musique. Pourquoi ne dit-on pas « mélophile », c'est-à-dire « qui aime la musique » ? En une soixantaine d’entrées, et par ordre alphabétique (d’Applaudissement à Zygomatique), Alain Surrans, directeur de l’Opéra de Rennes et déjà auteur d’un joyeux recueil de portraits de musiciens intitulé Jeu de massacre, croque dans son Abécédaire de l’orchestre les grands desseins comme les petits travers de la curieuse institution qu’est l’orchestre symphonique. Voilà un petit livre que les pisse-froid qui confondent concert et cérémonie funèbre devraient apprendre par cœur. Il est d’ailleurs édité par l’Association Française des Orchestres.

L’Abécédaire de l’orchestre, d’Alain Surrans, AFO Editions, 5 euros.

Boris Berezovski refait le match Liszt-Goliath contre Chopin-David à la Salle Pleyel


Erreur fatale hier soir à la salle Pleyel. Le pianiste Boris Berezovsky (rien à voir avec l’oligarque israélo-russe, mais là n’est pas l’erreur) enchaîne les douze Etudes d’exécution transcendante de Liszt. Déluges de notes, tsunamis d’accords, accalmies menaçantes, doigts fous cavalant sur le clavier. Pendant dix minutes, on est sous le choc. Une heure plus tard, on demande grâce. Et dire que Liszt en avait prévu quarante-huit ! Au bout d’une heure et dix minutes, donc, la tempête se calme et le public (nombreux pour un lundi soir) applaudit dans le même registre : vite et fort. Vient alors l’erreur. Sans se faire prier, Berezovsky se rassoit et joue Chopin : une Valse, puis deux, puis quelques Etudes … « dédiées à Liszt », rappelle-t-il sur le ton que l’on prend pour annoncer une plaisanterie un peu limite. Ses doigts ne courent plus, ils volent. Même quand Chopin fait du Liszt, la pesanteur est abolie. Il y a eu une heure dix de matraquage lisztien, avant cela ? Ah bon. Le pianiste a oublié aussi, apparemment : on le sent prêt à enchaîner des vingt-quatre Etudes. Celles de Chopin, bien-sûr.

lundi 30 novembre 2009

Rugby : deux chanteurs dans la mêlée


Dans son blog pluridisciplinaire mezetulle.net, la philosophe et musicographe Catherine Kintzler, auteur d’ouvrages autorisés sur Jean-Philippe Rameau aussi bien que sur le port du voile islamique, commente le match au cours duquel le Quinze de France de rugby l’a emporté sur les Springboks d’Afrique du Sud, le 27 novembre à Toulouse. L’oreille aux aguets même en pleine mêlée, elle ne manque pas – comme la plupart des commentateurs -, d’attribuer une part de la déroute des Springboks au massacre de l’hymne sud-africain par le chanteur de reggae Ras Dumisani. Mais quel autre chroniqueur, sportif ou non, a relevé que le baryton-basse toulousain Jean-Philippe Lafont - qui a chanté, lui, La Marseillaise de manière à dynamiser ses compatriotes -, a été qualifié de ténor par le présentateur de France 2 ? Comme d’habitude, la musique fait figure de maillon faible. En l’occurrence, elle a pourtant été déterminante.

L’œil écoute. Et l’oreille ?

En haut de la gamme, le pianiste Leif Ove Andsnes joue un peu partout dans le monde des « Tableaux (…d’une exposition de Moussorgski) ré-encadrés » par le plasticien et vidéaste sud-africain Robin Rode. En bas, les Solistes français moulinent les Quatre Saisons de Vivaldi devant de larges publics, sensibles avant tout à leur aspect rock’n roll et à leur gestuelle virevoltante. La question est la même : comment échapper à la fatalité qui veut qu’au concert, il y a beaucoup à écouter, mais pas grand-chose à voir ? Il y a quelques années, au Théâtre Mogador, l’Orchestre de Paris avait testé un système d’éclairages colorés illustrant les diverses atmosphères des chefs-d’œuvre du répertoire : fiasco total. Même pour les enfants de la civilisation de l’image, la musique s’écoute les yeux fermés, ou tout au moins les yeux ailleurs, et pas seulement parce que les artistes en plein effort (ou pire : en pleine inspiration) ne sont pas toujours beaux à voir.

Pictures reframed, par Leif Ove Andsnes (piano) et Robin Rode (ilustration visuelle) - Théâtre des Champs-Elysées, Paris, le 11 décembre
Les Solistes français - Grand Rex, Paris, le 14 février

dimanche 29 novembre 2009

Atelier Lyrique de l'Opéra de Paris: l’alternative

Avant-goût de Noël à l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille, où l’Atelier Lyrique donne un spectacle pluridisciplinaire. La Répétition interrompue et Les Troqueurs, deux petits actes de Favart et Dauvergne, sont prétexte à évoquer la Foire Saint-Laurent, où ils ont été créés au milieu du XVIIIème siècle. Autour des élèves chanteurs de l’Atelier, des comédiens (dont Jean-Baptiste Malartre, un vétéran du Français), des acrobates de l’Académie Fratellini, et des instrumentistes de la classe de musique ancienne du Conservatoire de Paris. Les membres de l’Atelier (sur la photo), renouvelés tous les trois ans, sont prêts pour la carrière, comme on dit en jargon de métier. On les retrouvera sur la grande scène, à l’étage au-dessus, où l’on a déjà revu leurs prédécesseurs.

Le principe est simple (en apparence) : à chaque style musical, un spectacle, ambitieux, très travaillé. On a vu par l’Atelier un Cosi fan tutte de haut niveau, mis en scène par Jean-Yves Ruf, et peu après une création, périlleuse et plutôt réussie (Les Aveugles, de Xavier Dayer, d’après Maeterlinck). Ce soir, c’est Jérôme Corréas (à la baguette, au clavecin, il ne chante pas, mais il pourrait) et le metteur en scène Irène Bonnaud qui sont aux commandes. A chaque spectacle, donné à Bastille, à Garnier, mais aussi à Suresnes ou à Bobigny, on se dit que l’on tient là le pendant des grandes productions qui font de l’opéra le divertissement le plus cher du monde. Encore faut-il à ce genre des maîtres d’œuvre inventifs et cultivés. Christian Schirm, qui dirige l’Atelier, est de ceux-là. Sinon, gare au patronage !
Crédit photo : Opéra national de Paris/ Mirco Magliocca

A l’Opéra National de Paris-Bastille (Amphithéâtre), du 28 novembre au 5 décembre.

samedi 28 novembre 2009

Fanfares précoces au Covent Garden


Vous rêvez d’être joué au Covent Garden de Londres ? Alors inscrivez-vous au concours ouvert sur www.numu.org.uk/fanfare, et composez le thème qui remplacera la sonnerie de cour de récréation ordonnant aux spectateurs de quitter le bar pour rejoindre leur siège. Vous prendrez place dans une lignée où brillent déjà Wagner (les appels de cuivres enjoignant les pèlerins de regagner leurs stalles dans le temple de Bayreuth), Maurice Jarre (les fanfares appelant le peuple à venir découvrir les beautés de la culture dans la Cour d’honneur d’Avignon) et un certain nombre de compositeurs commis post mortem à cette honorable tâche (l’ « Idée fixe » de la Symphonie Fantastique de Berlioz préludant aux concerts de l’Orchestre de Paris). Mais attention, pour concourir, vous devez avoir entre onze et quatorze ans. Recalés d’avance, Wagner, Jarre et les autres !

Culture peau de chagrin


Il y a longtemps que cela couvait : la Direction du Livre au ministère de la Culture disparaît, digérée par la Direction générale des Médias et des Industries culturelles. Les titres parlent d’eux-mêmes : dans le second, il y a « industrie ». La description officielle de ladite Direction situe d’ailleurs très bien le problème : « La direction générale des médias et des industries culturelles définit, met en œuvre et évalue la politique de l’Etat en faveur du développement et du pluralisme des médias, de l’industrie publicitaire, de l’ensemble des services de communication au public par voie électronique, de l’industrie phonographique, du livre et de la lecture et de l’économie culturelle. Elle suit les activités du Centre National de la cinématographie. » Parallèlement, Christine Albanel, ancienne locataire de la rue de Valois, se voit confier « une mission destinée à préparer les conditions de l’économie du livre dans l’ère numérique ». « Publicitaire », « communication », « économie culturelle » sont les maîtres-mots. La crise aidant, un boulevard s’est ouvert devant les réformateurs, et le ministre de la Culture, probablement touché au coeur par la dernière phrase concernant le Centre National de la Cinématographie, s’est empressé de signer. Les petits éditeurs, les concepteurs de livres d’art, tous ces gens que l’état aidait à produire de jolies choses peu rentables, ont du souci à se faire. On peut noter que l’industrie phonographique fait partie du lot. Dans ce domaine là aussi, le terrain est mouvant. La réunion sous une même casquette, en 1998 (cohabitation Chirac-Jospin), de la Direction de la Musique de la Danse et de celle du Théâtre et des Spectacles a montré - en dépit, en 2007, du pas en arrière consistant à recréer trois délégations distinctes - que la culture en France est une peau de chagrin irréversible. Y aura-t-il un Eric Raoult mélomane pour imposer un devoir de réserve aux musiciens en tournée à l’étranger ?

jeudi 26 novembre 2009

Par-dessus l’épaule de Mozart


Que fait dans la vie David W. Packard, fils de David Packard Senior, le co-fondateur de Hewlett-Packard ? Il a repris le flambeau allumé par son père ? Il dilapide sa fortune au soleil des Bahamas ? Pas du tout. Il publie en fac simile (ce qui est logique pour le fabriquant de photocopieurs numéro 1 au monde) les manuscrits des sept grands opéras de Mozart. En cinq années, l’affaire a été bouclée, et pourtant, elle n’était pas simple. A part ceux de Don Giovanni (à Paris) et de La Flûte enchantée (à Berlin), lesdits manuscrits sont en kit : une aria à Berlin, un trio à Cracovie, le reste un peu partout. L’avantage d’avoir accès aux manuscrits, soignés (Mozart raturait peu) mais tout de même moins lisibles que les éditions imprimées ? « C’est qu’on a l’impression de regarder par-dessus l’épaule du compositeur en train de travailler », répond Christof Wolff, le musicologue en charge du projet. On voit, dans Don Giovanni, comment Mozart a recalé la voix de Donna Anna par rapport à l’orchestre, ou encore, dans La Clémence de Titus, la façon dont il a corrigé les récitatifs confiés à son élève Süssmayr. Et surtout, on saisit dans quel ordre les idées lui venaient : selon les habitudes de l’époque, il calait les violons et les altos en haut et les basses en dessous, à la suite de quoi, au milieu, il travaillait la ligne vocale, ajoutant ou retranchant cuivres, vents et percussions. De quoi rêver pour 175 dollars (116 euros) le volume. Ces merveilles paraissent au moment même où disparaît le grand musicologue mozartien (et haydnien) H.C. Robbins-Landon. A croire que le hasard n’existe pas.

Les secrets de la boîte noire


On a connu le clou d’argent planté dans le parquet entre vos deux enceintes, voici maintenant le Blackbody de chez LessLoss, une boîte noire censée absorber les vilains parasites provoqués par l’interaction entre votre chaîne hifi et l’électromagnétisme ambiant, tout cela dans le but de permettre à la musique enregistrée de s’épanouir dans sa pureté première. « Blackbody Radiation » ou « la radiation de cavité » se réfère à un objet ou à un système qui y absorbe tout l’incident de radiation et re-émet l’énergie caractéristique de ce système de rayonnement. On peut considérer l’énergie émise comme étant produite par la vague permanente ou les modes résonants de la cavité qui rayonne. », peut-on lire sur 1001actus.com. Si vous avez compris, et si vous y croyez, sachez que la boite noire en question va chercher dans les 800 euros. Qu’en pense la Commission antisectes ?