dimanche 6 décembre 2009
Un sex-symbol nommé Glenn Gould
Glenn Gould, un sex-symbol ? En France, on est toujours resté discret sur la question, la doxa gouldienne étant avant tout transmise par les documentaires (instructifs) de Bruno Monsaingeon et les livres (dévôts) de Jacques Drillon. A Toronto, la ville du reclus des studios, deux cinéastes, Peter Raymont et Michèle Hozer, ont sauté le pas dans leur film Genius Within, the inner life of Glenn Gould (La Vie intérieure de Glenn Gould). Ils ont, « à l’américaine », interviewé amis, amants et collaborateur du pianiste, et tenté d’analyser le phénomène. Leurs conclusions ne sont pas des scoops. Ils parlent de la craquante maladresse et de la passion communicative de Gould, du mélange very exciting d’exhibitionnisme (il adorait être photographié) et de phobie du contact qui le caractérisait, de l’art avec lequel il manipulait les médias. Ils insistent sur sa liaison avec Cornelia Foss, l’épouse du compositeur Lukas Foss, et comparent son pouvoir de séduction à celui de Woody Allen, à ceci près que ce dernier n’a jamais eu un physique de play boy, alors que le jeune Gould était surnommé le Warren Beatty, voire le James Dean du piano. Après tout, la stratégie de Gould - tenir le monde à distance pour mieux le contrôler, être de son temps tout en prétendant s’en extraire - est le B à Ba de la staritude. Reste que durant les cent-dix minutes que dure le film, on voit Gould jouer, parler, vivre. C’est là-dessus qu’insistent les critiques. C’est pour cela qu’on attend le film.
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Riccardo Muti : « Rome, unique objet de mon assentiment »
Privé de théâtre depuis son départ tumultueux de la Scala de Milan en 2005, Riccardo Muti vient d’être nommé directeur de l’Opéra de Rome. Il prendra ses fonctions le 3 décembre 2010, en dirigeant Moïse et Pharaon de Rossini. La Ville Eternelle étant, dans le domaine lyrique, considérée comme provinciale - et l’Opéra de Rome ayant frôlé la catastrophe avant que l’état ne lui lance une bouée de sauvetage de quinze millions d’euros -, c’est en apparence un curieux choix de la part de ce chef ****luxe, qui s’apprête par ailleurs à prendre les rênes du très riche Orchestre Symphonique de Chicago. Quelle revanche, en réalité ! Puisque la Scala est tombée aux mains des étrangers (Stéphane Lissner, Daniel Barenboim), puisque cette saison encore, Bizet, Mozart, Janacek, Wagner, Berg et Gounod n’y laissent qu’un strapontin à Rossini, Verdi et Donizetti, Muti, star internationale mais nationaliste en art comme en politique, prend la tête de l’opposition, dans un théâtre 100% italien. Il va sans dire que les élus romains (le maire, Gianni Alemanno en tête, membre du parti de Silvio Berlusconi Popolo della Libertà) se frottent les mains d’avance, le seul nom du chef étant, en plus, censé faire bourse délier à des sponsors jusqu’ici réticents. Si Visconti était encore vivant, il en ferait un film.
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samedi 5 décembre 2009
Grammy Awards : des goûts et des couleurs…
Catégories 95 à 107 sur 109, après « Best Remixed Recording » et avant « best music video » : c’est la place de la musique classique dans la liste des nominés aux 52èmes Grammy Awards, les grands prix du disque aux Etats-Unis. A la cérémonie des nominations, le 2 décembre à Los Angeles (la proclamation du palmarès aura lieu le 31 janvier), les artistes classiques ne sont pas venus : ils passaient trop tard. On peut, après cela, trouver tous les défauts aux Victoires de la Musique Classique : elles, au moins, sont diffusées en prime time à la télévision. De même que les Victoires sont franco-françaises, les Grammy sont américano-américains : on y trouve le Concerto pour piano d’Esa-Pekka Salonen avec l’Orchestre de … Los Angeles, la 8ème Symphonie de Mahler par James Levine et le Symphonique de Boston, la Messe de Leonard Bernstein par Marin Alsop et l’Orchestre de Baltimore, L’Enfant et les Sortilèges de Ravel par Alastair Willis et l’Orchestre de Nashville, les chanteurs Renee Fleming, Susan Graham et Lorraine Hunt, et parmi les compositeurs, les « néos » George Crumb, Jennifer Higdon, Arvö Pärt, Roberto Sierra et Yehudi Wyner. La musique a beau être un langage universel, les goûts et les couleurs en matière d’interprétation sont décidément affaires de clochers.
Stradivarius, un secret qui reste à découvrir
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vendredi 4 décembre 2009
Coco et Igor entrent dans la danse
Le Sacre du printemps, au Théâtre des Champs-Elysées, dans la chorégraphie de Nijinsky telle que l’a reconstituée le Geoffrey Ballet en 1987 : avec une scène d’ouverture comme celle-là, le film Coco et Igor part sur les chapeaux de roues. On imagine que le réalisateur Jan Kounen (connu pour son adaptation de 99 euros de Frédéric Beigbeder) a pensé au tabac qu’avait fait en 1981 le film de Claude Lelouch Les Uns et les autres grâce au Boléro de Ravel dans la version Béjart. Tant pis, après cela, si l’aventure entre Chanel et Stravinsky dérape dans le roman-photo. Chris Greenhalgh, l’auteur du best seller dont le film est tiré, a récidivé avec la love story d’Ingrid Bergman et du photographe Robert Capa. Celui qui en tirera un film aura plus de mal à y trouver matière à danser.
Coco et Igor, de Jan Kounen, avec Mads Mikkelsen et Anna Mouglalis. Sortie le 30 décembre.
Coco et Igor, de Jan Kounen, avec Mads Mikkelsen et Anna Mouglalis. Sortie le 30 décembre.
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cinéma
Andrea Chénier, archétype du kitsch à l’opéra
Kitsch : « Se dit d'un style et d'une attitude esthétique caractérisés par l'usage hétéroclite d'éléments démodés ou populaires, considérés comme de mauvais goût par la culture établie et produits par l'économie industrielle. » (Petit Robert) ; « Se dit d'un objet, d'un décor, d'une œuvre d'art dont le mauvais goût, voire la franche vulgarité, voulus ou non, réjouissent les uns, dégoûtent les autres » (Larousse) ; « Le comportement kitsch, c’est aussi se laisser émouvoir par une représentation fausse et mensongère de la réalité. L’exemple typique est la statuette dorée. Ceux qui portent de la valeur à un tel objet oublient inconsciemment, par un processus affectif, que l’objet est bel et bien en plastique. » (le kitsch selon Milan Kundera).
Si l’on en croit ces trois définitions, Andrea Chénier, l’opéra d’Umberto Giordano donné pour la première fois à l’Opéra Bastille (et à l’Opéra de Paris tout court), est bien un objet kitsch. Pourquoi pas, cela dit ? Le mélo révolutionnaire (on est sous la Terreur), la musique au premier degré (tripes à l’air et/ou main sur le cœur), les chanteurs qui se lâchent (Marcelo Alvarez et Micaela Carosi font ça très bien), tout concourt à une satisfaction sans complexe, du style « à chacun son mauvais goût, et tant pis pour le qu’en dira-t-on ! ». Dans le programme, un texte compliqué nous explique qu’à la différence de ce qu’affirment les beaux esprits, il n’y a pas de d’antinomie stylistique entre le vérisme de Puccini et celui de son contemporain Giordano. Peut-être, mais face à Tosca ou à La Bohème, Andrea Chénier n’en fait pas moins penser à la statuette dorée évoquée par Kundera. On se demande d’ailleurs pourquoi le public siffle la mise en scène de Giancarlo Del Monaco (fils de Mario, le ténor) : dans son univocité tape à l’œil, elle est parfaitement fidèle à l’esprit de l’œuvre.
Crédit photo : Opéra national de Paris/ Mirco Magliocca
Si l’on en croit ces trois définitions, Andrea Chénier, l’opéra d’Umberto Giordano donné pour la première fois à l’Opéra Bastille (et à l’Opéra de Paris tout court), est bien un objet kitsch. Pourquoi pas, cela dit ? Le mélo révolutionnaire (on est sous la Terreur), la musique au premier degré (tripes à l’air et/ou main sur le cœur), les chanteurs qui se lâchent (Marcelo Alvarez et Micaela Carosi font ça très bien), tout concourt à une satisfaction sans complexe, du style « à chacun son mauvais goût, et tant pis pour le qu’en dira-t-on ! ». Dans le programme, un texte compliqué nous explique qu’à la différence de ce qu’affirment les beaux esprits, il n’y a pas de d’antinomie stylistique entre le vérisme de Puccini et celui de son contemporain Giordano. Peut-être, mais face à Tosca ou à La Bohème, Andrea Chénier n’en fait pas moins penser à la statuette dorée évoquée par Kundera. On se demande d’ailleurs pourquoi le public siffle la mise en scène de Giancarlo Del Monaco (fils de Mario, le ténor) : dans son univocité tape à l’œil, elle est parfaitement fidèle à l’esprit de l’œuvre.
Crédit photo : Opéra national de Paris/ Mirco Magliocca
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jeudi 3 décembre 2009
Anniversarite chronique
En 2010, on va commémorer la naissance ou la mort de Leonard Bernstein, Aaron Copland, George Szell, Clara Haskil, Mili Balakirev, Hugo Wolf, Gustav Mahler, Frédéric Chopin, Robert Schumann, Luigi Cherubini, Giovanni Battista Pergolèse, Alessandro Scarlatti, Alfred de Musset, Albert Camus et quelques autres. Comme les restes de Camus resteront à Lourmarin, on pourrait souffler à Ceux qui nous gouvernent l’idée d’une éventuelle panthéonisation de Chopin. Il est vrai que si les cendres de l’auteur de la Marche funèbre sont au Père-Lachaise, son cœur est à Varsovie. D’ici que cela nous oblige à ouvrir le débat sur l’Identité internationale…
Un noir chante Otello. Vous avez dit bizarre ?
Rires jaunes parmi les abonnés de l’Opéra de Birmingham : un ténor noir chante l’Otello de Verdi. La presse en parle et, bien sûr, applaudit. La chose est rare en effet. En Angleterre, c’est même une première. Le metteur en scène Graham Vick persiste et signe, puisque Iago le traître est aussi incarné par un chanteur de couleur. Un drôle de scoop, en apparence, mais un scoop quand même. Nous nous croyons loin de l’époque (1955) où Marian Anderson a fait scandale en osant fouler les planches du Metropolitan Opera de New York, et même de celle (1981) où le festival de Bayreuth a déprogrammé le baryton Simon Estes sous prétexte qu’un Wotan non-aryen était impensable sur la Colline sacrée, sans parler des remarques politiquement incorrectes du metteur en scène Franco Zeffirelli à propos de Barbara Hendricks chantant La Bohème au cinéma (1988). Et pourtant des ténors noirs, il y en a : toutes les productions de Porgy and Bess ou de Treemonisha en attestent. Reste à avoir si Ronald Samm est un bon Otello. Depuis Jon Vickers et Placido Domingo, l’emploi est vacant. Question d’endurance, d’héroïsme et de couleur. De couleur vocale, bien sûr.
Palmarès 2009 : New York à l’heure de Paris
Ce n’est pas pour crier cocorico, mais parmi ses dix grands souvenirs de concerts de l’année 2009, le critique du New Yorker Alex Ross donne les débuts du Quatuor Ebène au Weill Hall, le cycle Mahler de Pierre Boulez avec la Staatskapelle Berlin au Carnegie Hall, les Poèmes pour Mi d’Olivier Messiaen par le chef Alan Gilbert et la soprano Renée Fleming avec le New York Philharmonic, et De la Maison des morts de Janaeck mis en scène par Patrice Chéreau au MET. Si l’on ajoute la Messe en si de Bach dirigée par Philippe Herreweghe (qui, certes, est Belge) à l’Alice Tully Hall, on se demande si Mr. Ross n’entretient pas un préjugé favorable à l’égard de la France. Et dire qu’il n’y a pas si longtemps, l’Amérique boycottait le camembert et le Bordeaux !
mercredi 2 décembre 2009
Comme la princesse Salomé était jeune, ce soir
Discussion à la sortie de l’Opéra Bastille, où l’on vient de donner Salomé de Richard Strauss. « Qu’est-ce que c’est que cette Salomé poids plume ? », demande une dame, qui rappelle qu’Anja Silja, en 1964, « c’était autre chose ! » « Et qu’est-ce que c’est que ce chef qui dirige Strauss à la française ? » surenchérit son mari, qui n’a apparemment pas vu Anja Silja, mais arbore une rosette au revers de sa veste.
Double question :
1 - Vaut-il mieux que le rôle de Salomé soit confiée à une mûre wagnérienne ou à une chanteuse jeune, plus crédible en adolescente découvrant l’ivresse des sens ?
2 – Qu’est-ce que c’est que diriger « à la française » ?
La réponse à la première est encore une question : faut-il privilégier le théâtre ou la musique ? Toujours est-il que la Finlandaise Camilla Nylund est crédible en nymphette, que sa voix passe bien, et qu’elle répond à la double exigence du rôle, comme le faisait, jadis, Anja Silja. La seconde est le pendant de la première. Si « diriger français » signifie éviter de transformer la forêt sonore en marécage insalubre, de sorte que l’on entende les chanteurs même quand l’orchestre joue triple forte, le chef Alain Altinoglu, en effet, dirige français. Karl Böhm, qui n’était pas français, ne traitait pas autrement la musique de son ami Richard Strauss.
Double question :
1 - Vaut-il mieux que le rôle de Salomé soit confiée à une mûre wagnérienne ou à une chanteuse jeune, plus crédible en adolescente découvrant l’ivresse des sens ?
2 – Qu’est-ce que c’est que diriger « à la française » ?
La réponse à la première est encore une question : faut-il privilégier le théâtre ou la musique ? Toujours est-il que la Finlandaise Camilla Nylund est crédible en nymphette, que sa voix passe bien, et qu’elle répond à la double exigence du rôle, comme le faisait, jadis, Anja Silja. La seconde est le pendant de la première. Si « diriger français » signifie éviter de transformer la forêt sonore en marécage insalubre, de sorte que l’on entende les chanteurs même quand l’orchestre joue triple forte, le chef Alain Altinoglu, en effet, dirige français. Karl Böhm, qui n’était pas français, ne traitait pas autrement la musique de son ami Richard Strauss.
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