François Lafon
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mardi 13 avril 2010
EMI dans le rouge. Et le disque, au musée ?
Ce ne sont plus les studios d’Abbey Road qui risquent d’être vendus par appartements, mais la société EMI elle-même. L’éditeur des Beatles et de Yehudi Menuhin doit 3,2 milliards de livres sterling au monstre financier américain Citigroup, qui lui demande de verser un acompte de 120 millions avant le mois de juin, sous peine d’en prendre le contrôle et de la revendre par lots. Pour éviter la catastrophe (et empocher 200 millions de livres), EMI, via son actuel propriétaire le fonds d’investissement anglais Terra Firma, a proposé à Sony et à Universal de prendre son catalogue en licence sur le marché américain. Les deux majors companies ont refusé, sans doute refroidies par la lutte à mort qui oppose Citigroup et Terra Firma, celle-ci accusant celle-là de l’avoir escroqué (alors que celle-là finançait celle-ci) lors du rachat d’EMI en 2007. En février, Abbey Road a été classé monument historique, ce qui a fait la joie des nostalgiques, mais n’a pas arrangé les affaires d’EMI, qui comptait se renflouer en revendant le site. Qui soutiendra, après cela, que le disque n’est pas voué à finir au musée ?
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jeudi 8 avril 2010
Actes Sud marie le son et l’image
C’est entendu, le CD vit ses dernières heures. Non seulement les ventes reculent mais surtout la tendance est à la dématérialisation. Grâce à l’iPod et autres baladeurs numériques, on achète (ou l’on pirate) de plus en plus de mp3 et de moins en moins de galettes. Demain, probablement, on paiera un abonnement façon Canal + pour écouter de la musique.
Pourtant, dans le classique, une autre tendance gagne du terrain : le retour du disque bel objet. Ce ne sont pas uniquement les nostalgiques des vinyles et de leurs magnifiques pochettes qui sont les cibles de ce nouveau marché, ce sont aussi ceux pour qui un disque est un objet culturel, et non un objet de consommation jetable. Jordi Savall l’a bien compris et chacun de ses enregistrements pour son propre label discographique, Alia Vox, est accompagné d’un épais livret richement illustré et commenté. Et si Harmonia Mundi résiste mieux à la crise que d’autres éditeurs, c’est non seulement par la qualité de ses interprètes mais aussi par le soin apporté au contenant.
Cela a donné des idées à Actes Sud. Dans son catalogue, on trouve un bon nombre de livres sur la musique. Mais il devient désormais éditeur discographique avec une nouvelle série, « Images en Musique » : un livre de photos plus un disque, sans oublier un texte de présentation. Les deux premiers volumes réussissent pleinement cette complémentarité entre son et images. On peut écouter les pièces pour piano de l’Ecole de Vienne jouées par Jean Louis Steuermann tout en suivant les fantasmagories du photographe Américain Michael Ackermann, maître du grain et du flou, ou bien, à l’opposé, s’éblouir avec l’Ibéria d’Albéniz dans l’interprétation lumineuse de Jean-François Heisser tout en se laissant ensorceler par les images éclatantes d’une Espagne de taureaux et de flamenco signées Isabel Muñoz. Qui a dit qu’il ne restait rien à inventer dans le disque classique ?
Pourtant, dans le classique, une autre tendance gagne du terrain : le retour du disque bel objet. Ce ne sont pas uniquement les nostalgiques des vinyles et de leurs magnifiques pochettes qui sont les cibles de ce nouveau marché, ce sont aussi ceux pour qui un disque est un objet culturel, et non un objet de consommation jetable. Jordi Savall l’a bien compris et chacun de ses enregistrements pour son propre label discographique, Alia Vox, est accompagné d’un épais livret richement illustré et commenté. Et si Harmonia Mundi résiste mieux à la crise que d’autres éditeurs, c’est non seulement par la qualité de ses interprètes mais aussi par le soin apporté au contenant.
Cela a donné des idées à Actes Sud. Dans son catalogue, on trouve un bon nombre de livres sur la musique. Mais il devient désormais éditeur discographique avec une nouvelle série, « Images en Musique » : un livre de photos plus un disque, sans oublier un texte de présentation. Les deux premiers volumes réussissent pleinement cette complémentarité entre son et images. On peut écouter les pièces pour piano de l’Ecole de Vienne jouées par Jean Louis Steuermann tout en suivant les fantasmagories du photographe Américain Michael Ackermann, maître du grain et du flou, ou bien, à l’opposé, s’éblouir avec l’Ibéria d’Albéniz dans l’interprétation lumineuse de Jean-François Heisser tout en se laissant ensorceler par les images éclatantes d’une Espagne de taureaux et de flamenco signées Isabel Muñoz. Qui a dit qu’il ne restait rien à inventer dans le disque classique ?
Pablo Galonce
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lundi 15 mars 2010
Andrea Bocelli, le désespoir des critiques
Carmen de Bizet et Andrea Chénier de Giordano, deux intégrales d’opéras enregistrées en studio et éditées par Decca. Impensable dans la conjoncture actuelle ? Non, puisqu’elles ont pour tête d’affiche Andrea Bocelli, le ténor non voyant. Les plateaux, autour de la pop star, n’ont rien de déshonorant : Carmen est dirigé par Myung-Whun Chung, avec l’habituée du rôle-titre Marina Domashenko et Bryn Terfel himself chantant Escamillo, et Chénier réunit Violeta Urmana, Lucio Gallo et le chef Marco Armiliato, tous habitués des scènes internationales. Dans des conditions similaires, Bocelli a déjà enregistré quelques rôles poids-lourds : La Bohème, Tosca, Le Trouvère, Werther, Cavelleria Rusticana, Paillasse et même le Requiem de Verdi sous la baguette de Valery Gergiev. Qui va lui jeter la pierre ? Il pourrait se contenter de gagner beaucoup d’argent en susurrant des remix de Con te partiro. Tout de même, son éditeur hésite à envoyer les disques aux critiques, et ceux-ci sont mal à l’aise : difficile de tirer sur un handicapé. Expérience intéressante : organiser avec quelques amis une écoute à étiquette cachée (on n’ose dire à l’aveugle). Dans le lecteur : Andrea Chénier. Perplexité générale : « C’est Pavarotti en fin de carrière ? » ; « Il ne manque pas de charme, mais il a du mal » ; « Apparemment, il y a un montage par note ». On passe à Carmen. « C’est le même ? » ; « Il croone » ; « Il ne fait pas ça sur scène, quand même ? ». Une fois dévoilé le pot aux roses, silence gêné : « Il n’y arrive pas, mais il se passe quelque chose ». Ce quelque chose, c’est ce qu’entendent les fans. Alors, ce qu’en disent les critiques …
mardi 2 mars 2010
Le disque selon Bernard Coutaz, ou l’invention d’Harmonia Mundi
Eric Rohmer hier, Bernard Coutaz aujourd’hui : les pionniers de la nouvelle vague, qu’elle soit discographique ou cinématographique, s’en vont. Sous la dénomination bien trouvée d’Harmonia Mundi, Bernard Coutaz a commencé par enregistrer des orgues, il a fait d’Alfred Deller une star en un temps où la voix de contre-ténor provoquait des ricanements gênés, puis il est devenu, avec René Jacobs (à l’époque… contre-ténor), Dominique Visse (idem), William Christie, Philippe Herreweghe et quelques autres, l’éditeur des voix à l’ancienne et des instruments d’époque. Installé à Saint-Michel de Provence, Harmonia Mundi avait alors des allures baba cool qui allaient bien avec les artistes et leur public. Les éditeurs sérieux jetaient un regard condescendant sur ces doux rêveurs qui défendaient un répertoire marginal et des partis-pris post-soixante-huitards. Ils avaient tort. Distribution de labels d’art, installation de filiales - d’abord à Londres, puis dans le monde entier -, diffusion de collections de livres, achat des éditions Chant du Monde, ouverture de boutiques permettant d’échapper à la dictature de la grande diffusion : un demi-siècle après sa création, Harmonia Mundi résiste mieux à la crise que les dinosaures internationaux. Christie est parti, mais Herreweghe et Jacobs (maintenant chef d’orchestre) son toujours là, et sont devenus des vedettes. Si enregistrer pour Deutsche Grammophon, c’est entrer à l’Académie, faire des disques chez Harmonia Mundi, c’est un peu donner des cours au Collège de France. Depuis Arles, Eva Coutaz, qui a repris les rênes, reste fidèle aux principes-maison : pas de caprices de stars, mais un travail d’ensemble au service d’une programmation raisonnée. Résultat : une certaine rigidité de fonctionnement, mais un catalogue qui ressemble à quelque chose, aucune concession au marketing (« Ce navet nous permettra de financer des projets exigeants… ») et un public qui sait qu’on ne se moque pas de lui. Dans le sillage de Coutaz - comme de son confrère et rival Michel Bernstein, créateur des disques Valois -, sont apparus ces « petits labels » qui secouent l’institution et entretiennent le flambeau. Merci à eux. Quand le CD sera exposé au Centre Pompidou entre les premiers lave-linge et le stérilisateur de Mon Oncle de Jacques Tati, ce sont peut-être ces disques-là que l’on conservera comme témoins d’un âge d’or.
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samedi 20 février 2010
Andrew Lloyd Webber et Paul McCartney au secours d’Abbey Road
Il manquait un symbole de la crise du disque. La mise en vente des studios londoniens d’Abbey Road, effet immédiat de la déconfiture d’EMI qui avait acheté le terrain pour 100 000 livres sterling en 1929, vient, si l’on ose dire, à point. Premier appel à la résistance : celui de Paul McCartney, quarante-et-un ans après l’album justement intitulé Abbey Road, sur la pochette duquel on voyait les Beatles traverser … Abbey Road. Andrew Lloyd Webber lui a emboîté le pas, parlant même de racheter les bâtiments, sachant qu’EMI a déjà refusé une offre de 30 millions de livres. Première question angoissée : que vont devenir lesdits bâtiments ? Dans son blog, la romancière Jessica Duchen imagine un hôtel de luxe, avec Suite Elgar (en souvenir de Yehudi Menuhin enregistrant là le Concerto pour violon sous la baguette du compositeur) et jacuzzi Beatles. Elle rêve aussi d’un musée de la musique, où l’on verrait qu’avant que le numérique ne vienne tout changer, la réalisation d’un disque nécessitait une énorme infrastructure. On y verrait des photos d’un autre siècle, quand le directeur artistique Walther Legge invitait le vétéran Furtwängler et le débutant Giulini à enregistrer les chefs-d’œuvre du répertoire avec le Philharmonia, l’orchestre de luxe qu’il avait créé tout exprès pour eux. On y évoquerait Thomas Beecham (1m85), chef et milliardaire (les petites pilules Beecham, c’était sa famille), apprenant que le jeune Herbert von Karajan (1m68) s’apprêtait à enregistrer Hänsel et Gretel d’Humperdinck, et lui demandant : « Hänsel et Gretel ? Les deux à la fois ? ». Plusieurs centaines de touristes venaient chaque jour devant l’entrée des studios et écrivaient sur le mur des déclarations d’amour aux artistes de leurs rêves. Mais le pèlerinage était gratuit, et les notes de chauffage exorbitantes. La nouvelle est tombée le jour même où l’on apprenait la mort de Michel Glotz, qui fut trente ans durant le directeur artistique de Karajan. Comme le chantait Bob Dylan (artiste Columbia, concurrent d’EMI) : “The times, they are a-changin”.
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lundi 15 février 2010
EMI en danger : faut-il classer Callas et Karajan ?
Rumeurs alarmistes à propos d’EMI, la seule major phonographique à ne pas avoir encore été absorbée par un grand groupe audiovisuel, tel Universal ou Sony. 1 milliard 750 millions de livres sterling (2 014 600 000 euros) de dettes pour l’année passée, bagarre sanglante entre financiers, lutte à mort entre Londres et New York. Si le groupe américain Citygroup (une des plus grosses, sinon la plus grosse des entreprises financières mondiales) l’emporte, c’en est fait de l’exception culturelle britannique appelée EMI. Levers de bouclier dans la presse et sur le Net. Le blog anglais On an overgrown path (Sur un sentier herbeux, titre d’une œuvre de Janacek), suggère que l’UNESCO étende sa protection du Patrimoine de l’humanité aux monuments intellectuels, et fasse classer les enregistrements des Pink Floyd et de Jacqueline Du Pré au même titre que les mégalithes de Stonehenge ou la cathédrale de Cantorbéry. Le traumatisme de la crise est décidément bien ancré : banquiers = prédateurs, libéralisme = destruction du bien commun au profit de quelques-uns, ces quelques-uns étant davantage enclins à encaisser des bonus qu’à protéger la culture. Il est en effet vraisemblable que les croqueurs de dollars de Citygroup (ou d’un autre monstre financier) ne tiendront pas le patrimoine laissé par Maria Callas pour une source de profit digne d’intérêt. A moins, peut-être, que Casta Diva ne vienne optimiser un spot de publicité. On va finir par bénir le domaine public : réédités par qui le veut, les disques signés Callas, Du Pré ou Karajan ont, au moins, une chance de survivre.
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mercredi 3 février 2010
Lang Lang, Ronaldo du piano, transféré chez Sony
Selon le journaliste anglais Norman Lebrecht, Lang Lang est en passe de quitter Deutsche Grammophon pour Sony Classical. Coût du transfert : 3 millions de dollars. De quoi faire ricaner un footballer de deuxième Division, mais sur le marché classique, du jamais vu depuis Pavarotti. Bogdan Roscic, le nouveau directeur du département classique de Sony en veilleuse depuis plusieurs années, avait besoin de frapper un grand coup. C’est chose faite avec le prodige qui a réalisé le rêve de quarante millions de jeunes Chinois arrimés à leur piano dans l’espoir de conquérir le monde, le Little Bouddha qui a joué, pour l’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, devant cinq milliards de téléspectateurs. Lang Lang avait déjà un pied dans la place, puisqu’il avait, en homme d’affaires et en philanthrope avisé (il est, entre autres, ambassadeur de l’Unicef) signé en 2008 un contrat commercial avec Sony. DG, en attendant, a perdu ses deux champions sur un marché extrême oriental en plein essor : Yundi Li, l’autre prodige de l’Empire du Milieu, vient de signer chez EMI, lassé d’être maintenu dans l’ombre de son encombrant compatriote. Selon son propre aveu, le bonheur de Lang Lang sera complet quand le monde musical occidental le considérera comme un artiste, et non plus comme un phénomène. Mais cela, ça ne s’achète pas.
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samedi 30 janvier 2010
Henri Dutilleux, Le Temps, l’Horloge et le disque minute
Il n’y a qu’à Henri Dutilleux que cela arrive. Le 14 mars 1998, sa pièce pour orchestre The Shadows of Time (Les Ombres du Temps) est créée à Boston sous la direction de Seiji Ozawa. Trois jours plus tard, le disque parait chez Erato. Durée : vingt-et-une minutes. Le 7 mai 2009, son cycle de mélodies Le Temps l’Horloge est donné en première mondiale au Théâtre des Champs-Elysées, sous la baguette du même Ozawa. L’enregistrement, réalisé en direct par Radio France, ne sort qu’au bout de six mois, dans la collection à tirage limité « Les grands concerts du Théâtre des Champs-Elysées ». Durée : quatorze minutes et vingt-trois secondes. Le CD est complété par une émission de radio « Spécial Ozawa » de treize minutes enregistrée le jour du concert, et réunissant le chef, le compositeur et la soliste Renee Fleming. L’idée de diffuser, pièce après pièce et en temps réel ou presque, les œuvres nouvelles d’un compositeur mondialement reconnu et toujours productif à quatre-vingt-quatorze ans est belle, d’autant que le temps, présent jusque dans ses titres, est une des composantes principales de son inspiration. Elle montre aussi à quel point le temps selon Dutilleux est hors du temps selon le marché du disque. La loi Hadopi ne concerne ni Boulez, ni Dutilleux, ni même Dusapin. Faut-il s’en réjouir ? Le Temps l’Horloge réunit des poèmes de Jean Tardieu (Le Temps l’Horloge, justement, ainsi que Le Masque) et Robert Desnos (Le dernier Poème), pour se terminer sur Enivrez-vous de Baudelaire. « Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous. Enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise." conseille le poète. Henri Dutilleux a bien fait de l’écouter.
Henri Dutilleux : Le Temps l’Horloge. Renee Fleming (soprano), Orchestre National de France, Seiji Ozawa (direction) - 1 CD Théâtre des Champs-Elysées. En vente au Théâtre (12 euros), ou par correspondance (15 euros). www.theatrechampselysees.fr
Henri Dutilleux : Le Temps l’Horloge. Renee Fleming (soprano), Orchestre National de France, Seiji Ozawa (direction) - 1 CD Théâtre des Champs-Elysées. En vente au Théâtre (12 euros), ou par correspondance (15 euros). www.theatrechampselysees.fr
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lundi 25 janvier 2010
Midem : la carotte et le bâton
Chiffres chocs au Midem : le marché mondial de la musique enregistrée a chu de 30% entre 2004 et 2009, mais celui de la musique en ligne a augmenté de 940% durant la même période, peut-on lire dans La Tribune. Pas de quoi pavoiser cependant. Selon l’Industrie Internationale de l’Industrie Phonographique, le « Saint Graal », qui resplendira au moment où la croissance du marché Internet compensera les pertes du CD, risque de se faire attendre. Plus de croissance, plus d’investissement sur les artistes, plus d’emploi. Et tout cela par la faute du piratage. Pour faire bourse délier aux Internautes, il faut leur proposer d’irrésistibles raretés, mais ce sont des sites illégaux qui le font. Faillite de la carotte, place au bâton : la loi Hadopi est donnée, sur la Croisette, comme un exemple par les nations réunies. Ravis, les amateurs de classique, d’échapper à tout cela. Là aussi, les ventes de disques ont fondu (le Midem classique est devenu quasiment indétectable), mais question piratage, on en est encore à la guerre en dentelles. Ce qui ne veut pas dire que les accros à Wagner et les fans de Philippe Jaroussky ne soient pas persuadés, eux aussi, que la musique est encore plus belle quand elle est gratuite.
44ème Marché International du Disque et de l’Edition Musicale (Midem). Cannes, Palais des Festivals, du 23 au 29 janvier.
44ème Marché International du Disque et de l’Edition Musicale (Midem). Cannes, Palais des Festivals, du 23 au 29 janvier.
dimanche 10 janvier 2010
Du théâtre et des divas

Il n’y a pas si longtemps, à l’époque où l’on enregistrait des opéras entiers en studio, les chanteurs étaient appréciés pour l’adéquation de leur voix à leurs rôles et la façon dont ils interprétaient leurs personnages. Quand ils publiaient des récitals, on les louait pour leur habileté à croquer un caractère en l’espace d’un seul air, c'est-à-dire, là aussi, à se mettre au service de leurs personnages. Puis sont venues les intégrales live, elles-mêmes relayées par les captations en vidéo. Dernier bastion de l’art du studio : l’album, c'est-à-dire le récital sur mesure inspiré des méthodes des variétés. Cecilia Bartoli a ouvert le ban avec son best seller Vivaldi. Habile double jeu : d’un côté la scène où l’on est censé servir une œuvre, de l’autre le disque, où l’on se sert soi-même à travers des extraits judicieusement choisis : Joyce Di Donato dans le répertoire de la Colbran (Madame Rossini), Vivica Génaux dans le Vivaldi guerrier et Magdalena Kozena dans le Vivaldi amoureux, Philippe Jaroussky dans des pages oubliées de Jean-Chrétien Bach, Juan Diego Florez sur les traces du ténor Rubini et Bartoli (encore elle) sur celles de la Malibran. Double bénéfice aussi : on se sert soi-même, mais en faisant œuvre de (re)découvreur. La recette plaît, et au fond, c’est tant mieux. On ne va pas demander aux divas de chanter des choses qui ne leur conviennent pas, ni d’abdiquer leur ego. « Si tant est que l’opéra soit du théâtre …», méditait Patrice Chéreau dans un petit ouvrage inspiré par son aventure bayreuthienne. Du théâtre et des divas. Il faut de tout pour faire un monde.
mercredi 25 novembre 2009
Fin du CD, début de l’utopie
Il y avait un moment que cela nous pendait au nez, mais cela se confirme : le CD n’en a plus pour longtemps. C’est tout au moins ce qu’affirme le fabricant britannique Linn, qui a vu en deux ans ses ventes de lecteurs de CD chuter de 40%, et celles des Streaming Players atteindre 30% en un temps record. Il faut dire que les Streaming Players, qui sont des petites boites miracle permettant de stocker toute votre ex-collection de CD et plus encore, ont l’air performants : son non compressé, absence de pièces mobiles (laser et autres) qui rendent bruyants les lecteurs de CD, pérennité du capital enregistré grâce à un ingénieux système de sauvegarde. Et en plus, vous pouvez écouter vos musiques préférées dans toute la maison sans vous prendre les pieds dans des fils disgracieux. Tout cela, certes, existe déjà (le système Sonos, par exemple), mais en moins haut de gamme. Les temps sont loin, en tout cas, où l’on nous affirmait que la qualité sonore du CD n’était pas près d’être égalée.
Reste qu’une fois encore, et même plus que jamais, la culture est tributaire de la technique. « Chaque fois qu’une nouvelle technique apparaît, elle veut faire la démonstration qu’elle dérogera aux règles et contraintes qui ont présidé à la naissance de tout autre invention dans le passé. » explique Jean-Claude Carrière à Umberto Eco (N’espérez pas vous débarrasser des livres – Grasset, p. 47). N’empêche que depuis le rouleau acoustique, la musique enregistrée dépend des supports sur lesquels elle est stockée. Et bien malin celui qui inventera le support éternel et universel capable de mettre à l’abri toute la mémoire du monde !
Reste qu’une fois encore, et même plus que jamais, la culture est tributaire de la technique. « Chaque fois qu’une nouvelle technique apparaît, elle veut faire la démonstration qu’elle dérogera aux règles et contraintes qui ont présidé à la naissance de tout autre invention dans le passé. » explique Jean-Claude Carrière à Umberto Eco (N’espérez pas vous débarrasser des livres – Grasset, p. 47). N’empêche que depuis le rouleau acoustique, la musique enregistrée dépend des supports sur lesquels elle est stockée. Et bien malin celui qui inventera le support éternel et universel capable de mettre à l’abri toute la mémoire du monde !
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samedi 21 novembre 2009
Hadopi de mal en pis
La loi Hadopi? Il va encore falloir la revoir. Une nouvelle étude publiée en Angleterre affirme que les internautes qui se livrent à des téléchargements illégaux sont aussi ceux qui dépensent le plus d’argent pour étancher leur soif de musique : 77 £ (85,59 euros) en moyenne par an contre 33 £ (36,68 euros) pour ceux qui affirment n’avoir jamais touché au téléchargement interdit. « Les politiciens comme les éditeurs vont devoir admettre que la nature de la consommation musicale a changé », commente l’institut de sondage, ajoutant que « pour une génération qui n’a pas été habitué à payer, le partage de fichiers est un outil de découverte ». Il y a même des stars qui assurent se porter très bien du téléchargement illégal, au motif que cela les rapproche de leur public. Des stars pour d’jeunes, bien sûr. Qu’en pensent nos divas, pianistes et maestros, qui comptent plutôt leurs fans parmi les parents, voire les grands-parents des d’jeunes en question ?
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vendredi 20 novembre 2009
Alexandre Tharaud : Transfert
En prélude au bicentenaire de la naissance de Chopin, Alexandre Tharaud sort fin novembre un CD intitulé Journal intime. Sous ce titre qui lui ressemble, il réunit, comme il aime le faire, des pièces illustres (la 1ère Ballade) et des raretés (la Contredanse). Quelques mois après le double album Satie qui a ravi ses fans, Harmonia Mundi met donc les bouchées doubles avec son pianiste vedette. Eh bien, pas du tout : c’est sous étiquette Virgin que paraît le nouvel album. Comme les stars du ballon rond, les as du clavier jonglent avec les clubs. Chez Virgin, le wonder boy rejoint une équipe où brillent déjà David Fray, Piotr Anderszewski et Nicholas Angelich. Pas grave, direz-vous, il est unique et le restera. On n’attend que cela de lui. Pendant ce temps, Harmonia Mundi sera occupé à lancer le récital Chopin d’Alain Planès, un compagnon de longue date, enregistré sur un piano Pleyel de 1837 et reproduisant le programme d’un des rares concerts que Chopin a donnés à Paris.
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jeudi 19 novembre 2009
Radio-Paris, station culturelle
Déjà la pochette, illustrée d’une photo en sépia, fait un peu froid dans le dos : « Le Grand Orchestre de Radio-Paris 1944, Théâtre des Champs-Elysées. Mengelberg-Tortelier ». Au programme : l’ouverture d’Anacréon de Cherubini, le Concerto pour violoncelle de Dvorak avec Paul Tortelier en soliste, et la Symphonie de Franck. Le texte de présentation, signé par le collectionneur Jean Farjanel, est à peine plus rassurant, qui nous explique que le grand chef néerlandais Willem Mengelberg (lequel n’a jamais caché sa sympathie pour le régime nazi), a donné vingt-huit concerts gratuits et radiodiffusés au TCE entre 1942 et 1944, et que celui-ci, daté du 16 janvier 1944 et préservé sur disque Pyral, a été fortuitement retrouvé l’année dernière, après avoir miraculeusement survécu à la mise à sac, en août 44, de la station collaborationniste. On s’en veut presque de regretter que le document ne comporte pas les « Informations de Radio Journal » qui précédaient ces retransmissions et distillaient la propagande officielle auprès du large public (eh oui, du classique en prime time !) qui les écoutait. Ce que nous devrions surtout nous demander, c’est pourquoi ce genre d’archives dégage encore une odeur de soufre, et pourquoi, alors que ses enregistrements avec l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam sont considérés comme des musts, Mengelberg collaborateur en Hollande dérange moins que Mengelberg collaborateur à Paris. C’est peut-être parce que, comme on l’entendait à Radio-Londres sur l’air de la Cucaracha, « Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand ».
Un album de 2 CD Malibran Music (distribué par DOM)
Un album de 2 CD Malibran Music (distribué par DOM)
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mercredi 18 novembre 2009
Gershwin au panthéon
Sacré Nikolaus Harnoncourt ! Il a ravivé Bach, réactivé Monteverdi, secoué Mozart, passé Beethoven au karcher et Brahms à la tronçonneuse, sans jamais oublier de justifier sa démarche à coups d’arguments musicologiques savants. Il ne laissera pas partout un souvenir impérissable, mais il aura au moins alimenté le débat. Et puis quel bonheur (pervers, certes) de le voir se lancer dans des causes perdues sans se départir de son sérieux légendaire ! Sa Chauve-souris dépourvue de rubato (les autres avaient tort, même Clemens Krauss, même Karajan, même Carlos Kleiber), son Aïda façon Haendel sont déjà des collectors. Mais aujourd’hui, il bat ses propres records, avec un Porgy and Bess capté en public au festival de Graz. Au moment du concert, en février dernier, Operachic n’y allait pas quatre chemins, insinuant qu’il n’avait auparavant vu de Noirs qu’en livrée de chauffeur ou sous les traits de son Aïda, la Chilienne Christina Gallardo-Domas passée au brou de noix, et qu’il vivait là sa première collaboration avec des non-aryens. Sans céder à ces clichés pour le moins calomnieux, on attend néanmoins sa relecture avec curiosité. Gershwin, qui souffrait tant de ne pas être admis au panthéon des classiques, va peut-être enfin connaître la chance de sa vie posthume.
Porgy and Bess de George Gershwin. Solistes, Chœur Arnold Schoenberg, Orchestre de Chambre d’Europe, Nikolaus Harnoncourt (direction) – 3 CD RCA/BMG
Porgy and Bess de George Gershwin. Solistes, Chœur Arnold Schoenberg, Orchestre de Chambre d’Europe, Nikolaus Harnoncourt (direction) – 3 CD RCA/BMG
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vendredi 13 novembre 2009
Mozart (l'opéra rock), plus fort que Johnny
Selon les calculs de l’Observatoire de la musique, le mois de septembre n’a pas été très bon pour le disque. Le CD audio repasse sous la barre des quatre millions d’exemplaires vendus, la décroissance du marché sur les neuf premiers mois de 2009 s’élève à 12% en volume et 12,9% en valeur, bref, les galettes argentées s’enfoncent dans une crise personnelle commencée bien avant la Crise Générale. Et le classique dans tout ça ? Eh bien, il vivote. Il est le seul avec les variétés internationales à afficher quelques chiffres positifs (au milieu d’autres, qui ne le sont pas), alors que les variétés françaises continuent de plonger : un petit +3’5% de plus en volume de ventes… et un -4’9% en valeur, ce qui veut dire que l’on vend plus de disques classiques mais aussi meilleur marché. L’heure est au low cost.
Or que trouve-ton à la sixième place des ventes desdites variétés françaises, derrière Mika et David Guetta, mais devant Maurane et Johnny Hallyday ? Mozart, l’opéra rock, dont les ventes, bonnes depuis la sortie de l’album en avril dernier, ont été boostées (34 000 exemplaires vendus en septembre), par le succès du spectacle, qui joue actuellement les prolongations au Palais des Sports de Paris. Quel rapport avec le classique, direz-vous ? Mozart à la sauce Olivier Dahan (le réalisateur de La Môme) est une enfilade de chansons de laquelle émergent quelques harmonies d’époque. Certes. Mais il n’y a pas plus d’une dizaine d’années, la bande originale du film Titanic a fait exploser la niche classique, où elle avait bizarrement été rangée (il est vrai qu’on y entendait « Ce n’est qu’un au revoir… »), aux côtés des valses moulinées par André Rieu. On ne cherche donc même plus à la valoriser, cette petite niche ? Allez, let’s think positive. Wolfgang devant Johnny, ça réchauffe ! Il en a d’ailleurs vu d’autres, le divin enfant. En 1925, Sacha Guitry en a fait une femme (la sienne, Yvonne Printemps), sur une musique de Reynaldo Hahn : énorme succès. Quant à l’Amadeus de Milos Forman, furieusement rétro vingt-cinq ans après sa sortie, il continue une jolie carrière en vidéo.
Or que trouve-ton à la sixième place des ventes desdites variétés françaises, derrière Mika et David Guetta, mais devant Maurane et Johnny Hallyday ? Mozart, l’opéra rock, dont les ventes, bonnes depuis la sortie de l’album en avril dernier, ont été boostées (34 000 exemplaires vendus en septembre), par le succès du spectacle, qui joue actuellement les prolongations au Palais des Sports de Paris. Quel rapport avec le classique, direz-vous ? Mozart à la sauce Olivier Dahan (le réalisateur de La Môme) est une enfilade de chansons de laquelle émergent quelques harmonies d’époque. Certes. Mais il n’y a pas plus d’une dizaine d’années, la bande originale du film Titanic a fait exploser la niche classique, où elle avait bizarrement été rangée (il est vrai qu’on y entendait « Ce n’est qu’un au revoir… »), aux côtés des valses moulinées par André Rieu. On ne cherche donc même plus à la valoriser, cette petite niche ? Allez, let’s think positive. Wolfgang devant Johnny, ça réchauffe ! Il en a d’ailleurs vu d’autres, le divin enfant. En 1925, Sacha Guitry en a fait une femme (la sienne, Yvonne Printemps), sur une musique de Reynaldo Hahn : énorme succès. Quant à l’Amadeus de Milos Forman, furieusement rétro vingt-cinq ans après sa sortie, il continue une jolie carrière en vidéo.
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mardi 10 novembre 2009
Bartoli perd les boules
Sacrificium : voilà un titre aussi dangereux pour un disque que le serait « Relâche pour répétitions » ou « Four noir » pour une pièce de théâtre. C’est pourtant celui du nouvel album de Cecilia Bartoli, après un récital controversé, l’année dernière, consacré à au répertoire de Maria Malibran. Le sacrifice en question, c’est celui que l’on infligeait aux castrats, dans le but de préserver le cristal de leur voix. Comme il faut toujours frapper plus fort pour se faire entendre, on voit sur la pochette un corps d’homme pétrifié façon ruines de Pompéi, surmonté de la tête de notre diva. Goût douteux, mais effet garanti : comme elle ne peut pas s’identifier avec Farinelli comme elle l’avait fait avec la Malibran, la Bartoli donne dans le second degré. Cela ne l’empêche pas de chanter, selon son habitude, au premier degré, avec effets d’essoufflement pour indiquer qu’elle est émue, et vocalises gloussées pour nous rappeler qu’une portée de petites notes ne lui fait pas peur. Elle a – toujours selon son habitude – bien choisi les airs, escamotant habilement le fait que les castrats étaient plus souvent des sopranos que des altos.
Pour ceux qui préfèrent Cecilia à Cecilio, la diva annonce ses débuts dans Norma à Dortmund, fin juin 2010 en version de concert. Audaces Fortuna juvat, comme elle le dirait elle-même.
Pour ceux qui préfèrent Cecilia à Cecilio, la diva annonce ses débuts dans Norma à Dortmund, fin juin 2010 en version de concert. Audaces Fortuna juvat, comme elle le dirait elle-même.
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jeudi 5 novembre 2009
Question sans réponse
Et de cinq! Cinq enregistrements nouveaux du Concerto pour violon de Beethoven, par Vadim Repin, Patricia Kopatchinskaja, Arabella Steinbacher, Janine Jansen et Renaud Capuçon. Les trente-quarante ans perpétuent la tradition, on ne peut pas le leur reprocher. On croyait pourtant que le disque allait mal, que le grand répertoire n’en pouvait plus, et qu’avec Oistrakh, Menuhin et quelques autres, Beethoven avait tout avoué. Pour persuader le client qu’il n’aura qu’un demi-doublon, nos cinq archets new look cultivent le couplage sophistiqué : les Concertos de Korngold, Britten et Berg pour Capuçon, Jansen et Steinbacher (un par personne), tandis que Kopatchinskaja et Repin s’en tiennent à Beethoven, avec les Romances pour la première et la Sonate à Kreutzer pour le second. Mais comme aucun de ces merveilles n’est un best-seller, c’est bien sur le Concerto vedette qu’ont dû miser les éditeurs, où chacun fait valoir ses charmes particuliers. Repin cultive le style, Capuçon le naturel, Jansen la fougue calculée, Steinbacher le classicisme prudent. Personne ne se lâche, personne n’étonne. Il n’y a que Kopatchinskaja pour ruer dans les brancards, mais on n’a l’impression qu’elle ne le fait que pour détourner l’attention de ses dérapages. Pour preuve que le monument les impressionne, ils sont tous plus intéressants dans les compléments. Alors ? Faut-il empêcher les vedettes du moment de se mesurer aux chefs-d’œuvre, sous prétexte que leurs aînés l’ont fait avant eux ? La question sans réponse n’en finira jamais de se poser.
Vadim Repin, Orchestre Philharmonique de Vienne, Riccardo Muti – 1 CD Deutsche Grammophon/Universal
Patricia Kopatchinskaja, Orchestre des Champs-Elysées, Philippe Herreweghe – 1 CD Naïve
Arabella Steinbacher, Orchestre Symphonique de la WDR, Andris Nelsons – 1 CD Orfeo/Harmonia Mundi
Janine Jansen, London Symphony Orchestra, Paavo Järvi – 1 CD Decca/Universal
Renaud Capuçon, Orchestre Philharmonique de Rotterdam, Yannick Nézet-Séguin – 1 CD Virgin/EMI
Patricia Kopatchinskaja, Orchestre des Champs-Elysées, Philippe Herreweghe – 1 CD Naïve
Arabella Steinbacher, Orchestre Symphonique de la WDR, Andris Nelsons – 1 CD Orfeo/Harmonia Mundi
Janine Jansen, London Symphony Orchestra, Paavo Järvi – 1 CD Decca/Universal
Renaud Capuçon, Orchestre Philharmonique de Rotterdam, Yannick Nézet-Séguin – 1 CD Virgin/EMI
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lundi 12 octobre 2009
Harmonies vaticanes
Jean-Paul II l’a fait, pourquoi pas Benoît XVI ? Eh bien, ça y est : le pape sort un disque. Il ne chante pas, lui, il parle, mais trois musiciens se sont penchés sur les harmoniques de sa voix, qu’ils ont drapée d’un blanc manteau de grégorien revisité. Ces élus ont acquis une « renommée mondiale », pour reprendre les termes du producteur Vincent Messina, dans la musique de film et la world music. Il faut ajouter que le premier (Stefano Mainetti) est catholique, que le deuxième (Simon Boswell) « ne se réclame d’aucune religion » (même source), et que le troisième (Nour Eddine) est musulman. Bien vu, tout ça. Bon, il ne s’agit pas de fers de lance de l’avant-garde (si tant est que ce mot ait encore un sens). On n’imagine pas le Saint Père atteignant l’harmonie céleste sous la houlette de Brian Ferneyough ou Bruno Mantovani. Reste à vérifier si Nostradamus a prédit que le successeur de Pierre deviendrait une rock star.
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