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samedi 1 mai 2010

Nick Clegg aime les arts. So what?

Il aime les Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss, Le Roi des Aulnes de Schubert par Dietrich Fischer-Dieskau et la Valse en la mineur op. posthume de Chopin. Il a joué, quand il était étudiant, dans Cyrano de Bergerac mis en scène par Sam Mendes, et a été intéressé par le film de Laurent Cantet Entre les murs (palme d’or à Cannes en 2008). Il est Britannique, d’origine russe par son père et néerlandaise par sa mère, marié à une espagnole, député européen depuis 2005 et candidat au poste de premier ministre de sa Gracieuse Majesté. Qui est-il ? Gordon Brown ? Vous avez tout faux (mais alors vraiment tout !). David Cameron ? Pas plus. C’est donc de Nick Clegg qu’il s’agit, le troisième larron libéral-démocrate, qui a séduit les Anglais pendant la campagne, mais n’a aucune chance d’être élu. Ne soyez pas trop tristes : si leur candidat a la fibre artistique, les Libéraux-Démocrates prévoient, dans leur programme, de restreindre les dépenses publiques sur les arts.
François Lafon

mardi 27 avril 2010

Barbara Rosenkranz doute-t-elle de Wagner ?

Tout pour plaire, Barbara Rosenkranz, alias « la Mère du Reich », candidate du Parti de la liberté (FPÖ) aux élections présidentielles autrichiennes du 25 avril ! En fait de liberté, le parti en question appelle à la chasse aux Turcs, aux Tchétchènes, aux Asiatiques, aux Tziganes et aux nègres, c'est-à-dire à peu près à tout le monde sauf aux bons Autrichiens 100% aryens, et réclame un assouplissement de la loi de 1947 interdisant l’apologie du nazisme. Forte des 27% de suffrages remportés en compagnie du BZÖ (le parti du défunt Jörg Haider) aux élections législatives de 2008, la dame a cette fois subi un échec en ne remportant que 15,62% des voix, loin derrière le sortant social-démocrate Heinz Fischer (78,94%). Avec son époux Horst Jakob, co-fondateur du parti NPD (aujourd’hui interdit) et directeur de la revue négationniste Fakten, Barbara Rosenkranz - dont la parenté avec Christian Rosenkreutz (1378 ? -1484 ?), fondateur de l’ordre de la Rose-Croix, n’est pas avérée - a eu dix enfants, six filles et quatre fils, pourtant les noms de Hedda, Horst, Arne, Mechthild, Hildrun, Volker, Sonnhild, Alwine, Ute et Wolf. On ne l’imaginait pas prénommant ses rejetons Rachel ou Mohamed, mais on peut s’étonner qu’aucun d’entre eux ne soit voué à Wagner, si ce n’est, peut-être, Hedda - diminutif d’Edwige, mère d’Elisabeth de Hongrie, héroïne de Tannhäuser, - et Wolf, autre dénomination de Wotan avant d’être le surnom d’Adolf Hitler. Mais il est vrai que certains soupçonnent l’auteur de Siegfried d’avoir des origines juives.
François Lafon

lundi 5 avril 2010

Le Quatuor de Jérusalem, un nom à haut risque

Concert de midi au Wingmore Hall de Londres, lundi 29 mars. Enregistré live par BBC 3, le Quatuor de Jérusalem (fondé en 1993) joue le Quatuor K 575 de Mozart. Dix minutes après le début, une dame se lève, et d’une voix de soprano se lance dans un air vengeur d’où émergent les mots « Jérusalem occupé », « état ségrégationniste » et « attaque de Gaza ». Dix minutes plus tard, nouvelle interruption, venue d’un autre endroit de la salle. Les musiciens arrêtent de jouer et discutent avec les trublions : « Nous ne représentons pas davantage le gouvernement israélien que le Wingmore Hall ne représente le Royaume-Uni ». Ce n’est pas la première fois que cela leur arrive. En août 2008, à Edimbourg, ils avaient déjà été chahutés par des membres du Scottish Palestine Solidarity Campaign. On leur reproche le nom qu’ils se sont choisi, comme on reproche à l’Orchestre Philharmonique d’Israël d’être le porte drapeau de l’état hébreux. Pour preuve, on peut lire sur le site du Jerusalem Music Center que « les quatre membres du Quatuor ont rejoint les forces de la défense d’Israël en mars 1997 et ont servi en tant que musiciens distingués ». Réplique des musiciens : « Tous les citoyens israéliens sont tenus de faire leur service militaire ». Et de préciser qu’un seul d’entre eux est né sur le sol israélien, et que parmi eux, il y en a un qui vit à Berlin et un autre au Portugal, avant d’asséner l’argument choc : « Deux d’entre nous sont membres réguliers du West-Eastern Divan Orchestra, dirigé par Daniel Barenboim, où l’on trouve des musiciens israéliens et palestiniens ». Moralité : si le Quatuor de Jérusalem s’appelait Sine Qua non ou Sine Nomine, ce genre de mésaventure ne lui arriverait pas. Mais les deux noms sont déjà pris.

Pour écouter le Quatuor de Jérusalem : Chostakovitch : Quatuors n° 6, 8 et 11 de Chostakovitch – Schubert : Quatuor « La Jeune fille et la Mort » (Harmonia Mundi)

Crédit photo : Marco Borggreve/Harmonia Mundi

samedi 20 mars 2010

L’hymne canadien échappe au politiquement correct

“Touche pas à mon hymne”, s’écrient les Canadiens en chœur. Dans le Discours du trône prononcé le 4 mars, le Gouverneur Général Michaëlle Jean a évoqué une éventuelle modification des paroles de l’hymne national O Canada, un chant patriotique composé en 1880 sur un texte français, dont la version bilingue a officiellement succédé en 1980 au God Save the Queen hérité du passé colonial britannique (rappelons que la Reine d'Angleterre est toujours le -la?- chef d'Etat du Canada). Tollé général ! Il se serait pourtant agi - de manière fort politiquement correcte - de remplacer la formule au masculin "True patriot love in all thy sons command," (« Tu commandes à tous tes fils d'avoir un amour patriotique vrai ») par son équivalent au neutre « True patriot love thou dost in us command » (« Tu nous commandes d'avoir un amour patriotique vrai »), histoire de ne plus exclure les dames de l’affaire. Le plus drôle est que la version neutre est la plus ancienne des deux. Aucun édile, en revanche, ne s’est jamais offusqué de la présence, excluante pour les non-chrétiens, de formules telle « Car ton bras sait porter l'épée/ Il sait porter la croix! », reprise par Jean-Paul II lors de sa visite au Canada en 2002. Est-ce parce que cette dernière phrase figure dans la partie de l’hymne chantée en français, alors que les formules soupçonnées de sexisme n’existent qu’en anglais ? Espérons que la saine réaction des Canadiens empêchera ici qu’un(e) quelconque député(e) zélé(e) ne demande la réécriture du sixième couplet de La Marseillaise, où l’on clame : « Sous nos drapeaux que la victoire/accoure à tes mâles accents ». Il est vrai que nous ne risquons pas grand-chose : des sept couplets de ce long appel au meurtre, on ne connaît que le premier.

lundi 22 février 2010

Moozar au pays du Téléthon

Le mois dernier, Frédéric Mitterrand a annoncé le projet « carte jeune » : 200 euros de potentiel d’achat de musique en ligne à moitié remboursés par l’état. Voici maintenant Moozar, ou la possibilité de dédommager les artistes dont on a piraté les disques sur Internet. Au pays du Téléthon, on compte décidément sur le bon cœur du consommateur. Moozar, c’est une start-up créée par le juriste David Brami. Le Monde.fr, qui lui consacre un article, qualifie l’entreprise d’utopie libérale, ou encore d’alternative à l’usine à gaz Hadopi. On paie (un euro, ou plus, si l’on veut), mais après coup : il ne s’agit plus d’acheter un produit, mais de remercier l’artiste du plaisir qu’il nous a procuré. La nuance est élégante. Brami invoque la conscience des internautes, assure que si 95% d’entre eux sont des prédateurs, ils sont 60% à souhaiter réparer leur faute. Quand le législateur patauge, l’imagination prend le pouvoir. Bonne idée, en plus, d’appeler cela Moozar. Wolfgang Amadeus, en termes d’image, est la conscience de la musique. De toute façon, le classique n’est pas concerné, ou si peu. Car pour recevoir les dons (c’est le mot employé) des internautes repentants, il faudrait que Mozart, ou ses actuels interprètes, soient inscrits à Moozar.

mercredi 17 février 2010

Le déclin des orchestres américains : la faute aux baby-boomers

Graphique douloureux publié par la Ligue des orchestres américains, dans son Audience Demographic Research Review (étude démographique du public). On y lit – ce qu’on savait déjà - que c’est à l’âge mûr que les gens (enfin, des gens) délaissent les Rolling Stones pour se tourner vers Brahms. On y lit aussi que ce sont les baby-boomers qui ont commencé à exclure la musique classique de la culture générale. Détail inquiétant : la génération appelée « X », celle des actuels quadragénaires, tarde dangereusement à découvrir Brahms. Normal : les baby-boomers n’ont pas transmis à leurs enfants une culture qu’ils ont eux-mêmes jetée aux orties. Cela, on ne l’a pas remarqué tout de suite, parce que les baby-boomers (enfin, ceux qui étaient encore mélomanes) ont contribué par leur nombre à booster les statistiques. Comme le remarque Alex Ross, le critique musical du New Yorker, sur son blog Unquiet Thoughts, rien n’est perdu, puisque en Amérique comme en Europe, les conservatoires refusent du monde, et que des programmes d’initiation à la musique fleurissent un peu partout. Ce qui est urgent, c’est, en attendant, de convaincre la génération X qu’elle vivrait mieux avec Brahms que sans. En France, où l’honnête homme se doit de connaître La Princesse de Clèves sur le bout des doigts mais n’est pas tenu de savoir que Beethoven a composé neuf symphonies, le problème n’est pas moins aigu. Mais là non plus, rien n’est perdu : on construit bien une grande salle de concerts au bord du périphérique parisien.

dimanche 7 février 2010

Charlemagne se croit à l’opéra, pas Obama


Dans les années 1960, les Who voulaient donner leur opéra rock Tommy au Palais Garnier. Horreur des abonnés. Un demi-siècle plus tard, le compositeur italo-anglais Marco Sabiu lance - sur disque et, espère-t-il, sur scène - l’opéra metal symphonique. Le titre : Charlemagne, par l’épée et par la croix. La vedette : Sir Christopher Lee, quatre-vingt-sept ans, Dracula en chef du cinéma d’horreur britannique des années 1960, récemment relancé par Le Seigneur des anneaux de Peter Jackson. Rien de subversif dans tout cela, bien sûr. Le metal est plus poli que heavy, et Sabiu s’est rappelé qu’il avait travaillé avec Pavarotti. Encore une comédie musicale qui veut se donner des lettres de noblesse. A l’époque des Who, le seul nom d’opéra faisait fuir les beaux esprits, et le trio Pierre Boulez - Jean Vilar - Maurice Béjart achevait de le passer au Kärcher dans un rapport commandé par André Malraux. Aujourd’hui, Pascal Dusapin le partage avec Luc Plamondon et Jean-Pierre Pilot, l’un des compositeurs de Mozart, l’opéra rock. Mais personne, dans ce Mozart néo-disco n’a pour ancêtre l’auteur de Don Giovanni, alors que Christopher Lee affirme descendre par sa mère de l’Empereur à la barbe fleurie.

Au moins Hope, le spectacle qui fait fureur à Francfort, est moins ambitieux. Il ne se pare pas du beau nom d’opéra, comme naguère Nixon in China de John Adams et Peter Sellars, mais simplement d’« Obama musical story ». On y voit Mr President chanter « Yes we can » en duo avec Hilary Clinton, tandis que le public a la possibilité d’accompagner la musique au moyen du « plus petit tambour du monde » intégré à chaque siège. Une idée pour un futur opéra participatif ?

Charlemagne, by the Sword and the Cross. Opéra metal symphonique de Marco Sabiu. Dans les bacs le 15 mars.
Hope, Obama musical story. Jarhunderthalle, Francfort, Allemagne
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jeudi 28 janvier 2010

2010, l’empreinte russe


2010, année franco-russe. Il y a tellement de manifestations, dans tous les domaines, qu’on fera bien quelques découvertes. Là-bas, il va y avoir un train d’écrivains français sur les rails du Transsibérien, un festival de théâtre de rue parcourant la Volga en bateau, une tournée de la Comédie Française de la Sibérie au golfe de Finlande, et Paquita (musique d’Edouard Deldevez – 1846) à Novossibirsk par le ballet de l’Opéra de Paris. Ici, les manifestations sont plus sédentaires, mais personne n’y échappe : à Moulins, le Centre National des Costumes de Scène fête le centenaire des Ballets Russes en exposant velours et brocards ayant paré Boris Godounov ou Ivan le Terrible. En musique, cela commence sans surprise, avec Valery Gergiev et l’Orchestre du Mariinski de Saint Pétersbourg jouant Tchaïkovski, et se poursuit dans le style « nos cultures sont complémentaires » avec l’opéra sur des motifs de La Cerisaie de Tchékhov, conjointement commandé à Philippe Fénelon par le Bolchoï de Moscou et l’Opéra de Paris. Il y a aussi un ballet d’Angelin Preljocaj sur le thème de l’Apocalypse de Jean, créé (presque) simultanément à Paris et à Moscou, mais avec une musique du DJ Laurent Garnier. Les vrais enjeux sont ailleurs : énergie, gestion des réseaux urbains, bâtiment, transports, aéronautique, construction automobile, industries pharmaceutique et agroalimentaire, agriculture, coopération spatiale. La France est par ailleurs le premier pays invité d’honneur, en juin, au Forum économique international de Saint Pétersbourg. En juin 2008, Christine Albanel, alors ministre de la Culture, déclarait à son homologue russe Alexandre Avdeev : « Contrairement aux traditionnelles Saisons culturelles, les Années croisées France-Russie 2010 ne se limiteront pas aux seuls échanges artistiques, même s’ils y tiendront une place de choix ». « Les » années ? Calendrier julien contre calendrier grégorien ? En attendant, Tsar, le film de Pavel Lounguine, sort en salles. On y voit Ivan le Terrible mettre la Russie au pas. Imparfait, mais instructif.

dimanche 24 janvier 2010

Placido Domingo et les fantômes de l’opéra


Emoi dans la presse américaine : Placido Domingo est un phénomène, mais aussi un problème. Au Metropolitan Opera de New York, il chante Verdi (Simon Boccanegra) un soir et dirige Verdi (Stiffelio) le lendemain. Voilà pour le phénomène. Le problème, qui relève aussi du phénomène, est qu’il est aussi le directeur de l’Opéra de Los Angeles (côte ouest) et de celui de Washington (côte est). Au début, tout s’est bien passé, le maestro tenorissimo n’ayant qu’à lever un sourcil pour faire accourir le gratin de l’opéra. Coûts énormes, à commencer par les émoluments de M. le Directeur, mais recettes à l’avenant. Et puis la crise est venue, et les deux maisons ont déchanté. Dettes, emprunts, mécènes qui se font tirer l’oreille (ou qui meurent de vieillesse), et un directeur qui n’est qu’une voix (quelle voix !) au téléphone ou une silhouette entre deux avions. A Washington, Le Crépuscule des dieux a dû être donné sans décors ni costumes. Scandale d’abord, dans un pays où luxe et opéra sont synonymes, succès ensuite : on parle de pureté, d’intimité, d’essentiel. La révolte continue pourtant de gronder. Dans le New York Times, une responsable syndicale fustige les manières de M. le Directeur, qui arrive en coup de vent la veille d’une première et demande des modifications d’autant plus coûteuses qu’elles sont tardives, ou fait payer le chœur en heures supplémentaires parce qu’il l’a convoqué un jour de repos. Cette responsable syndicale s’appelle Kallas, Eleni Kallas. Comme disait Marx : « L’Histoire ne recommence pas, elle bégaie ».

jeudi 21 janvier 2010

Téhéran : tournée fantôme pour Symphonie de l’Amitié


Mystère, mystère. Une dépêche, tombée lundi dernier, de l’agence iranienne Fars News, relayée par le site mehrnews.com, annonce que l’Orchestre Symphonique de Téhéran (TSO) prépare une tournée dans cinq pays d’Europe de l’Ouest, parmi lesquels la France, l’Allemagne et l’Italie. Au programme : la Symphonie de la Paix et de l’Amitié, œuvre du compositeur Majid Entezami, créée en février dernier à l’occasion du trentième anniversaire de la Révolution islamique. Or un certain nombre de personnalités du milieu musical iranien, comme Peyman Soltani, chef de l’orchestre traditionnel Melal, et Mostafa Kamal Purtorab, membre du Conseil d’administration du TSO, contestent le choix de cette œuvre, la considérant comme indigne d’être présentée dans des pays où sont nés les plus grands compositeurs et où officient les meilleurs orchestres symphoniques. Une position courageuse, si l’on considère la photo officielle où l’on voit le président Mahmoud Ahmadinejad déposer un baiser fraternel sur le front de Majid Entezami à l’issue de la création de la symphonie en question. Mais le plus étrange, dans tout cela, est que la tournée est censée avoir lieu du 22 janvier (c'est-à-dire demain) au 4 février, qu’aucune précision n’est encore donnée sur les lieux exacts et les dates des concerts, et qu’on ne sait toujours pas quels sont les deux pays élus aux côtés de la France, de l’Allemagne et de l’Italie.

mercredi 20 janvier 2010

Jeux olympiques : comment les entendent-ils ?



Très théâtre, Ruth MacKenzie, Conseiller culturel du gouvernement britannique et tout juste nommée Tête pensante (mastermind) de la culture aux Jeux Olympiques de Londres en 2012. Cette figure du monde des arts doublée d’une habile politique a dirigé le Festival International de Manchester, branché création contemporaine en tous genres, et le plus traditionnel Festival de théâtre de Chichester, créé par Laurence Olivier. Elle a fait aussi un passage au Scottish Opera. Partout, elle a été applaudie pour ses initiatives artistiques, mais critiquée pour sa gestion financière. Cette fois, elle fera équipe avec des poids lourds du milieu, tels Tony Hall, directeur du Covent Garden et président de la Cultural Olympiad, Craig Hassall, le manager de l’English National Ballet, et Brian McMaster, l’ex-directeur du Festival d’Edimbourg. Pour l’instant, elle prépare un audit portant sur les festivités prévues en 2008, avant que la crise ne vienne troubler la fête. On peut espérer qu’avec un tel aréopage, la musique a toutes ses chances, mais aucune indication n’a encore filtré quant à la programmation. On sait tout, en revanche, des quatre années culturelles qui vont précéder les premiers Jeux Olympiques d’hiver russes à Sochi, deux ans plus tard, en 2014. Après l’Année du cinéma (2010) et l’Année du théâtre (2011), l’Année de la musique (2012) aura pour locomotives Valery Gergiev, Anna Netrebko et Yuri Bashmet.
Si vous pleurez encore Paris-ville-olympique, rappelez-vous qu’on nous promettait en 2005 un parcours festif dont la Seine aurait été l’axe, un Paris Plage « olympisé » (?) et une tournée des musées et monuments. Le communiqué officiel ne faisait mention d’aucune manifestation musicale. Il y en aurait sans doute eu, mais il fallait éviter d’effrayer qui que ce soit.

mercredi 13 janvier 2010

Ivo Josipovic : en Croatie, un musicien au pouvoir


Le juriste Ivo Josipovic, président social-démocrate de Croatie depuis dimanche dernier, a qualifié son élection de Symphonie de la Victoire. Il sait de quoi il parle, puisqu’il est aussi compositeur, et directeur de la Biennale de musique contemporaine de Zagreb. Ses opposants, qui lui reprochent son aspect de fonctionnaire sage et son manque de charisme, devraient, à défaut de les écouter, méditer sur les titres de ses œuvres : Samba da camera, Tisucu lotosa (Des lotus par milliers), Ingra staklenih perli (Le Jeu des perles de verre, d’après Hermann Hesse) ou Tuba Ludens, pièce destinée à détruire le préjugé selon lequel le tuba est un instrument lourd et inactif. Le nouveau président affirme aussi vouloir consacrer le peu de temps libre qui va lui rester à composer son premier opéra, dont le héros sera John Lennon. Ce n’est pas lui qui enverrait son gouvernement enregistrer un lipdub de propagande sur la musique d’un compositeur de variété.

samedi 9 janvier 2010

La Villette, après le passage du président


Promenade à La Villette, où le président de la République est venu présenter ses vœux culturels. Entre la Cité de la Musique et le Zénith, le long du périphérique, le trou de l’Auditorium de Paris rappelle celui des Halles : deux mille quatre cents places pour remplacer en 2013 la salle Pleyel, alors dévolue aux variétés. Au même moment et à l’autre bout de Paris, Radio France ouvrira son nouvel auditorium de mille cinq cents fauteuils, en lieu et place de la salle Olivier Messiaen (ex-studio 104), et destiné, entre autres, à accueillir les deux orchestres maison. Ecartelés, les amateurs de symphonique, genre moins onéreux, mais moins tendance que l’opéra ! Actuellement, les concerts chers (grands orchestres en tournée, etc.) ont du mal à faire salle comble. Alors imaginez : le Philharmonique de Berlin à la Porte de Pantin (maquette sur la photo), ce sera très chic, mais qu’en dira le public des beaux quartiers, qui s’embouteillera sur le périphérique à défaut de prendre le métro ? Et les abonnés de l’Orchestre de Paris, locataire prioritaire de la nouvelle salle, suivront-ils leur phalange préférée jusqu’au grand-est parisien? Ils sont bien allés huit ans au Palais de Congrès (1973-1981) et quatre à Mogador (2002-2006), mais ce n’était pas, comme cette fois, le bout du monde ! Certes, les Londoniens vont jusqu’au Barbican Center, qui n’est pas précisément central, mais la notion de centre n’est pas la même là-bas qu’ici. Laurent Bayle, directeur de Pleyel et du projet de La Villette, évoque une nouvelle vie musicale, un nouveau public, une nouvelle donne. Il pense, pour reprendre l’idée de notre confrère Jacques Doucelin, à l’expérience de Gustavo Dudamel au Venezuela. On veut bien rêver avec lui.

vendredi 8 janvier 2010

Sarkozy, la culture, les sous

C’est à la Cité de la Musique que Nicolas Sarkozy présente ses vœux au monde de la culture. Le symbole est fort. Le symbole seulement. Passés les préliminaires – « la culture c’est des lettres plus que des chiffres, des émotions et non des statistiques » - le président passe aux choses sérieuses : les sous. La presse retient surtout les résultats des travaux de la mission confiée à Patrick Zelnik, directeur du label Naïve, éditeur de Sandrine Piau, d’Anne Gastinel et de Carla Bruni. Il s’agit de créer une carte musique jeune - 200 euros de potentiel d’achat à moitié remboursé par l’Etat -, destinée à « réhabituer les jeunes à acheter de la musique ». D’après les enquêtes officielles, les jeunes téléchargent illégalement parce que le téléchargement légal est trop cher. Alors, légalité payante ou illégalité gratuite ? Les débuts d’année sont dévolus aux vœux pieux. Le président est moins angélique à propos de Google : « Fuite de matière fiscale ». Il annonce aussi que le projet du Musée de l’histoire de France, dans les limbes depuis un an, devrait aboutir en juin. Une façon comme une autre de prolonger le débat sur l’identité nationale. Pas de commentaire particulier, en revanche, sur le chantier tout proche de la Philharmonie de Paris, que présente son architecte Jean Nouvel. Comme disait Sacha Guitry à propos de Versailles : « On nous dit que nos rois dépensaient sans compter, qu’ils prenaient notre argent sans prendre nos conseils, mais lorsqu’ils construisaient de semblables merveilles, ne mettaient-ils pas notre argent de côté ? »

vendredi 18 décembre 2009

Grand emprunt : qui aura les miettes ?

Qui a dit que le Président de la République ne s’intéressait pas à la culture ? Il vient en tout cas d’accéder à la demande de Frédéric Mitterrand de consacrer, dans le cadre du grand emprunt, sept cent cinquante millions d’euros à la numérisation des biens culturels. Le Centre National du Cinéma, les grands musées, la Bibliothèque Nationale de France, l’Institut National de l’Audiovisuel, l’Opéra de Paris et la Cité de la Musique sont concernés. La BNF est bien sûr en première ligne, puisque cette manne répond à la volonté de Nicolas Sarkozy de ne pas laisser, via Google, « partir notre patrimoine à l’étranger ». On saura fin janvier comment sera découpé le gâteau. Quelles miettes vont rester aux institutions musicales une fois que les mastodontes auront été servis ? Pour se consoler, on se dira que parmi les milliers d’heures de programmes de télé et de radio (600 000 sont déjà numérisées) issus du fonds de l’INA, se cachent quelques rêves de mélomanes. Quant à la BNF, elle conserve la plus grosse collection mondiale d’enregistrements de chansons françaises. Callas versus Piaf, c’est bien dans le style (musical) du ministre de la Culture.

mardi 15 décembre 2009

Rome : Riccardo Muti au perchoir


“Un hymne à l’optimisme, augurant pour la musique et la culture de notre pays un avenir lumineux”. C’est ainsi qu’est annoncé le concert, retransmis en direct sur la RAI 1 et Radio 3, que donnent le 20 décembre Riccardo Muti et son Orchestre des Jeunes “Luigi Chgerubini” dans l’hémicycle du Sénat italien, au Palazzo Madama de Rome. Un premier concert, il y a trois ans, a remporté un large succès. Cette fois, c’est la Cinquième symphonie de Beethoven qui est au programme. La recette sera versée à l’Hôpital Bambino Gesù. Que dirigerait Pierre Boulez en direct du Palais Bourbon ou du Palais du Luxembourg? La Symphonie Funèbre et triomphale de Berlioz ? Le symbole ne serait pas le même. Un choeur des ministres sur une musique de Luc Plamondon ferait davantage l’affaire. A noter qu’à Rome, le Président de la République Giorgio Napolitano sera présent, mais que Silvio Berlusconi n’est pas annoncé. Pour lui, en ce moment, la musique elle-même n’adoucit pas les moeurs.