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mercredi 21 avril 2010

L'Opéra du Rhin sur iPhone : n'éteignez pas vos portables, svp !


Ca bouge, du côte de l’Opéra du Rhin : pour la première fois en France, une maison lyrique a développé une application pour iPhone (une iPhone app pour les initiés). On pourra donc suivre depuis son téléphone toute l’actualité de cette institution avec un calendrier des représentations, des photos des spectacles et même, comble du raffinement, une billetterie en ligne. L’application, à télécharger ici via iTunes, est gratuite. Très hype ? Sans doute, mais pas autant peut-être que l’iPhone app de l’Opéra de Los Angeles dont la page d’accueil est enrichie avec la voix de Plácido Domingo, directeur de la maison. Ni aussi ludique que celle de l’English National Opera (ENO) qui pour faire la promotion de sa production du Grand Macabre, a créé un jeux à partir du prélude pour klaxons de voiture de cet opéra de Ligeti : vous pouvez vous amuser à jouer du klaxon et même envoyer votre composition à l’ENO.
Pablo Galonce

samedi 10 avril 2010

La musique pollue, une étude le prouve

On n’y pense pas toujours, mais la musique, c’est polluant. Une étude, entreprise par l’Université d’Oxford (Environmental Change Institute by Julie's Bicycle), révèle que l’industrie musicale britannique a dégagé, en 2007, 540 000 tonnes de gaz à effet de serre, et que l’empreinte carbone de la dernière tournée mondiale du groupe de rock U2 équivaut à un aller et retour sur Mars. Cela concerne davantage les concerts « tout électrique », avec éclairages stratosphériques, instrumentarium branché sur le secteur et baffles crachant la mort, qu’une soirée de lieder, où la Castafiore et Monsieur Wagner n’ont besoin que d’une estrade, d’un piano et de quelques projecteurs. N’empêche qu’en termes d’enregistrement, d’édition et de packaging, un CD classique n’est pas moins salissant qu’un autre. En gros, 43% des 540 000 tonnes en question sont dus aux tournées de musique populaire, 23% aux concerts en salle, et 26% à l’enregistrement et à ses filières. « Il existe des nuances entre les différents marchés de la musique, qui affectent la pertinence des réponses », déclarent les auteurs de l’étude, lesquels entreprennent maintenant de s’attaquer au théâtre et aux arts plastiques. L’Allemagne et les Etats-Unis s’adapteraient au même schéma, compte tenu des spécificités locales. Et la France ? Peut-on espérer qu’une tournée d’Olivia Ruiz soit moins dangereuse que celle de U2, et que l’Opéra Bastille pollue moins que Covent Garden ? En Angleterre, Sting et Peter Gabriel ont promis de faire attention. Mais attention à quoi ? Via Tchnernobyl, la pollution a succédé à la bombe dans la fonction de grande peur de ce début de siècle. Ne dites plus d’un artiste qu’il brûle les planches, il serait assujetti à la taxe carbone (enfin, si elle existe un jour) !

mardi 16 mars 2010

Mozart, une punition très dissuasive

Vous vous rappelez, Orange Mécanique de Stanley Kubrick ? C’était en 1971. On y voyait Alex (Malcolm McDowell), drogué à Beethoven et à l’ultra-violence, soigné de son ultra-violence à coups de Beethoven, qu’il ne pouvait plus écouter sans être instantanément pris de nausée. Folle fiction inspirée d’un roman de ce fou d’Anthony Burgess ? Eh bien, quarante ans plus tard, la réalité rattrape la fiction. A Derby (Grande-Bretagne), il y a une école où l’on oblige les élèves les plus indisciplinés à écouter du Mozart et du Ravel. Résultat : 60% d’incivilités en moins. Brendan O’Neill, animateur du site spiked-online.com ("dopage en ligne.com") et auteur d’un essai intitulé Weaponizing Mozart (qu’on pourrait traduire par « Comment transformer Mozart en arme ») déclare que l’école en question n’hésite pas à « donner ainsi un grand coup sur la tête des délinquants ». Un grand coup sur la tête, Mozart ? Allez dire ça aux gens qui casent leur tirelire pour aller s’en délecter à Aix ou à Salzbourg ! Cette thérapie de choc nous rappelle que :
1 – Les enfants n’aiment pas la musique classique. Leur oreille est formée à des harmonies basiques, aisément reconnaissables et peu fatigantes pour les cellules grises.
2 – Le système scolaire a abandonné l’idée de transmettre aux élèves les clés de la culture.
3 – Pour le peuple, la musique est plus que jamais une affaire de gens chics, à laquelle ils n’a pas accès.
En Angleterre, au Pays de Galle et en Irlande du Nord, les pouvoirs publics ont trouvé un moyen infaillible d’empêcher les attroupements de jeunes dans les parcs et autres lieux publics : on y diffuse de la musique classique à fort régime. C’est plus efficace et moins dangereux que la petite boite à ultrasons (illégalement) utilisée chez nous, et destinée à troubler l’oreille interne des moins de vingt-cinq ans (tiens, presque comme dans Orange mécanique). La musique comme agent excluant : on connait des mélomanes qui aimeraient moins Mozart s’il n’avait cette vertu. Quand durcira-t-on le ton en passant de Mozart à Schoenberg ? Là, il faudra faire attention : les mélomanes risquent de fuir et les jeunes d’aimer.

lundi 8 mars 2010

Jouer Mozart rend plus intelligent ? Pas si simple !

Bonne nouvelle pour les musiciens : la pratique de leur art améliore leurs fonctions cérébrales. Cela commence très tôt, si l’on en croit les experts réunis fin 2009 à l’Université d’Austin, au Texas. Au bout d’un an de formation, l’enfant musicien a un cortex auditif différent de celui de ses camarades : mémoire, capacité d’attention et même aptitude au langage sont stimulées. Et cela s’améliore avec l’âge : entre dix et treize ans, les progrès s’accélèrent. Cela se remarque particulièrement chez les sujets atteints de déficits du langage (l’aphasie) ou de l’identification des mots écrits (la dyslexie). Des analyses plus fines ont montré que les régions du cerveau concernées ne sont pas exactement les mêmes selon que l’on étudie le piano (instrument polyphonique), le violon ou que l’on chante. Qu’à cela ne tienne : faites de la musique et vous deviendrez plus intelligent. « Ah non, rien à voir, rectifie le professeur Antoine Sahin, de l’Université de Columbus. L’éducation musicale ne conduit pas nécessairement à améliorer le QI ni la créativité ». Quant à l’intelligence, c’est une notion variable, dont l’appréciation dépend, chez l’enfant, des origines sociales, de l’éducation et du niveau culturel des parents. Glenn Schellenberg, professeur à l’Université de Toronto, indique cependant que « la pratique de la musique et même son écoute passive peuvent aider à accomplir certains tests cognitifs ». Cela marche rien qu’en écoutant Mozart ? « Beaucoup moins bien », répondent en substance ces dignes scientifiques. « Et puis, ajoute Schellenberg, pour les adultes, les effets de la cognition musicale sont plus difficiles à cerner ». Moralité : faites étudier la musique à vos enfants et écoutez autant de Mozart que vous voudrez. Rien de tout cela ne peut vous faire de mal.

lundi 22 février 2010

Moozar au pays du Téléthon

Le mois dernier, Frédéric Mitterrand a annoncé le projet « carte jeune » : 200 euros de potentiel d’achat de musique en ligne à moitié remboursés par l’état. Voici maintenant Moozar, ou la possibilité de dédommager les artistes dont on a piraté les disques sur Internet. Au pays du Téléthon, on compte décidément sur le bon cœur du consommateur. Moozar, c’est une start-up créée par le juriste David Brami. Le Monde.fr, qui lui consacre un article, qualifie l’entreprise d’utopie libérale, ou encore d’alternative à l’usine à gaz Hadopi. On paie (un euro, ou plus, si l’on veut), mais après coup : il ne s’agit plus d’acheter un produit, mais de remercier l’artiste du plaisir qu’il nous a procuré. La nuance est élégante. Brami invoque la conscience des internautes, assure que si 95% d’entre eux sont des prédateurs, ils sont 60% à souhaiter réparer leur faute. Quand le législateur patauge, l’imagination prend le pouvoir. Bonne idée, en plus, d’appeler cela Moozar. Wolfgang Amadeus, en termes d’image, est la conscience de la musique. De toute façon, le classique n’est pas concerné, ou si peu. Car pour recevoir les dons (c’est le mot employé) des internautes repentants, il faudrait que Mozart, ou ses actuels interprètes, soient inscrits à Moozar.

dimanche 21 février 2010

Bartok digital : si Bela avait su ça !

Si Bela Bartok avait su, il y aurait mis encore plus d’énergie : les tonnes de documents et enregistrements qu’il a recensés pour que la musique traditionnelle - c'est-à-dire non écrite - de son pays ne tombe pas dans l’oubli sont désormais en ligne, sur le site de l’Institut de musicologie de l’Académie des Sciences de Hongrie. A moins d’être musicologue, direz-vous, pas besoin de connaître tout cela pour apprécier le compositeur, ni même pour détecter les traces de folklore hongrois dans Le Château de Barbe-Bleue. Certes, mais à l’heure où tout et n’importe quoi est conservé, archivé, protégé, pérennisé, digitalisé, MP3isé, ce travail acharné de sauvegarde d’un patrimoine en danger méritait bien cela. « A quoi sert d’apprendre, puisque tout est dans les livres ? » se demandait l’ancien cancre Sacha Guitry. A ne pas oublier, par exemple, qu’un Bartok a sué sang et eau sur les chemins des Carpates, et qu’il en a rapporté des trésors.

dimanche 14 février 2010

L’iVictrola : l'iPhone de grand papa

La caméra enveloppe amoureusement un pavillon acoustique façon gramophone. Musique d’ambiance, lointaine. Une main masculine entre dans le champ et introduit un iPhone dans le réceptacle pratiqué à cet effet sur le socle en bois clair (chutes de noyer) du pavillon. Musique plus forte. Plan fixe du dispositif. Nom de l’appareil : le iVictrola (référence à l’invention de la Victor Machine Talking Company – 1901-1929), œuvre du designer Matt Richmond. Amplification acoustique ne nécessitant aucune installation électrique : écologique et élégant (pas de fil). Très chic dans une résidence secondaire avec poutres en polyurétane haute densité et cheminée à effet feu de bois. Trouve naturellement sa place auprès d’un téléphone en bois et cuivre, avec clavier digital dissimulé sous cadran d’époque amovible. Commentaire d’un internaute : « Peuh ! Déjà vu il y a deux jours sur … » C’est dire qu’on n’est pas près de trouver ce chef-d’oeuvre dans les brocantes et vide-greniers. En attendant, il coûte 425 dollars (295 euros, profitez du change, s’il en est encore temps). Mais il faut être patient : il est déjà en rupture de stock.

samedi 6 février 2010

L’opéra en direct au cinéma : après le Met de New York, l'Opéra de Paris ?

Que n’a-t-on dit (et écrit) sur l’opéra à la télévision : glottes en close up, regards cherchant le chef plutôt que le (la) partenaire, choristes déconcentrés, plans larges réduisant les personnages à l’état de lilliputiens, son trafiqué. Or voilà que ce qui marche actuellement, c’est l’opéra au cinéma : glottes géantes, regards… Soixante salles en France, neuf cents dans le monde entier retransmettent les premières du Metropolitan Opera de New York tout au long de l’année. Le Covent Garden de Londres, le Liceo de Barcelone s’y sont mis. Le 25 juin dernier, quarante-six salles hexagonales ont diffusé en direct et en haute définition Carmen, dirigé à l’Opéra Comique par John Eliot Gardiner. Direct et HD sont les sésames de l’opération. Il y a aussi la sensation, que l’on n’a pas dans son salon, de partager l’événement avec des gens qui, comme vous, se sont déplacés, et qui comme vous, ont envie d’applaudir (ou de siffler) à la fin. Gerard Mortier, directeur de l’Opéra de Paris jusqu’à l’année dernière, détestait le procédé, qu’il qualifiait de tromperie sur la marchandise, invoquant l’indispensable présence des chanteurs et des musiciens, le rayonnement vivant des voix dans un espace privilégié. La diffusion, depuis le Palais Garnier, du spectacle Ballets Russes (tiens, des ballets, pas un opéra), le 22 décembre dernier dans cinquante salles de Roubaix à Toulon, a été un succès, et l’on attend beaucoup de monde ce soir pour Simon Boccanegra depuis le MET, avec Plácido Domingo dans son premier rôle de baryton-Verdi. Dans un théâtre, on est, selon ses moyens, à l’orchestre ou au poulailler. Il y a maintenant ceux qui ne sont pas là, qui paient (le prix du poulailler) pour assister à une représentation virtuelle. Mais avec tout le confort moderne.

Prochains directs du Metropolitan Opera de New York : Simon Boccanegra, de Verdi, avec Placido Domingo (6 février), Hamlet, d’Ambroise Thomas, avec Simon Keenlyside et Natalie Dessay (27 mars), Armida, de Rossini avec Renee Fleming (1er mai).

lundi 1 février 2010

L’escalier piano, un gadget d’enfer


Quand la musique devient nuisance… Tout a commencé l’année dernière à Stockholm, où Volkswagen (les voitures) et le site rolighetsteorin.se ont fomenté un coup médiatique en dotant la station de métro Odenplan d’un « escalier piano ». Chaque marche foulée émet une note, et le tout a l’aspect d’un clavier géant, avec touches noires et touches blanches. La fréquentation de l’escalier a grimpé de 66%, celle de l’escalator adjacent a baissé d’autant, et la vidéo fait un tabac. Ce que l’histoire ne dit pas, c’est qu’aux heures d’affluence, ce gadget monumental fait un bruit d’enfer, et que les employés de la station n’en peuvent plus. L’idée n’est pas neuve : les musical stairs des Musées des Sciences de Minneapolis et de Boston ont amusé plusieurs générations d’Américains, et les amateurs de nanars cinématographiques se souviennent de Big (1988), où Tom Hanks foulait un « plancher piano » resté dans les annales (la scène a été parodiée chez Les Simpsons).

Or voilà que le métro de Milan vient d’installer un « escalier piano » à la station Duomo, très fréquentée par les touristes. Quand on sait qu’en italien, escalier musical se dit scala musicale et que le Duomo (la cathédrale) n’est pas loin du Teatro alla Scala, on apprécie la finesse du concept. Aucun jeu de mots n’est apparemment possible entre escalier musical et Opéra Bastille. Cela épargne peut-être les oreilles des usagers de la RATP.

lundi 25 janvier 2010

Midem : la carotte et le bâton


Chiffres chocs au Midem : le marché mondial de la musique enregistrée a chu de 30% entre 2004 et 2009, mais celui de la musique en ligne a augmenté de 940% durant la même période, peut-on lire dans La Tribune. Pas de quoi pavoiser cependant. Selon l’Industrie Internationale de l’Industrie Phonographique, le « Saint Graal », qui resplendira au moment où la croissance du marché Internet compensera les pertes du CD, risque de se faire attendre. Plus de croissance, plus d’investissement sur les artistes, plus d’emploi. Et tout cela par la faute du piratage. Pour faire bourse délier aux Internautes, il faut leur proposer d’irrésistibles raretés, mais ce sont des sites illégaux qui le font. Faillite de la carotte, place au bâton : la loi Hadopi est donnée, sur la Croisette, comme un exemple par les nations réunies. Ravis, les amateurs de classique, d’échapper à tout cela. Là aussi, les ventes de disques ont fondu (le Midem classique est devenu quasiment indétectable), mais question piratage, on en est encore à la guerre en dentelles. Ce qui ne veut pas dire que les accros à Wagner et les fans de Philippe Jaroussky ne soient pas persuadés, eux aussi, que la musique est encore plus belle quand elle est gratuite.

44ème Marché International du Disque et de l’Edition Musicale (Midem). Cannes, Palais des Festivals, du 23 au 29 janvier.

lundi 18 janvier 2010

Majeur, mineur, ou la musique in the mood


Pourquoi les airs en majeur, comme Singin’in the rain, sont-ils plus joyeux que les airs en mineur, tel Another Brick in the wall des Pink Floyd ? C’est la grave question que se sont posée les chercheurs en neurosciences de l’Université de Durham en Caroline du Nord (Etats-Unis). Ils ont d’abord mis en parallèle la musique (sept-mille-cinq-cents mélodies classiques occidentales et chansons folkloriques finlandaises) et la langue (américaine). Première découverte : un rythme soutenu est plus dynamisant qu’un rythme lent. Deuxième découverte : les tierces mineures sont quinze fois plus nombreuses dans les morceaux en mineur que dans les morceaux en majeur. Ils ont alors fait lire à une dizaine de volontaires des textes optimistes (« J’ai gagné au loto ») et d’autres, plus moroses (« Mon divorce se passe mal »), en se concentrant sur la façon dont ceux-ci prononçaient les voyelles : les fréquences vocales étaient proches du mode majeur dans le premier cas, du mineur dans le second. Ils ont recommencé avec des Chinois parlant le mandarin : mêmes remarques. Ultime découverte : ces constatations se retrouvent dans différentes cultures, ce qui corrobore la théorie de la communauté des racines biologique entre des groupes humains très éloignés les uns des autres. Le compte-rendu de l’expérience est paru dans le très sérieux Journal of the Acoustical Society in America. Comme le faisait méchamment remarquer Debussy, l’Orphée de Gluck pourrait chanter « J’ai retrouvé mon Eurydice, rien n’égale mon bonheur », sur le même air que « J’ai perdu mon Eurydice, rien n’égale mon malheur ». Peut-être parce que l’air en question est en fa majeur.

lundi 4 janvier 2010

La musique, fléau des acouphènes


Portable vissé à l’oreille, iPod à plein volume, soirées en boite et techno-parade : les acouphènes sont les fléaux des oreilles branchées. Pour soigner ces bourdonnements, sifflements ou tintements incessants, qui ne frappent pas que les clubbers mais affligent aussi les musiciens d’orchestre et même les discophiles drogués aux Symphonies de Chostakovitch, l’Institut de Biomagnétisme et d’Analyse du Biosignal de l’Université Wilhelms de Westphalie (Munster, Allemagne) prépare un traitement purement musical. Soumis, à raison de douze heures par semaine, à des musiques débarrassées des fréquences correspondant à celles de leurs bourdonnements, sifflements, etc., un groupe de patients-cobayes a constaté une baisse significative des symptômes. Les chercheurs travaillent à une réorganisation du cortex auditif, dont il s’agit de recâbler dans des tons différents les parties devenues suractives, ou (plan B) à soumettre les neurones auditifs concernés à une « dépression à long terme » entraînant une diminution de leur sensibilité maladive. Brrr ! Avant qu’un Copenhague de la pollution sonore ne devienne nécessaire, mieux vaut écouter Speak low (Kurt Weill - 1943) que de se condamner au Vol du bourdon (Rimski-Korsakov - 1900).

vendredi 18 décembre 2009

Le chant profond des baleines

La tonalité du chant des baleines bleues a chuté de 30%. C’est McDonald (Mark, un acousticien des océans du Centre de recherche de Bellevue, dans le Colorado, et non le service promo des restaurants) qui le dit. Aux mille questions que se posent déjà les scientifiques sur la signification de ces mélopées venues d’un autre monde, s’ajoute désormais celle-ci. « C’est un phénomène mondial, explique McDonald, qui a commencé à placer des détecteurs il y a huit ans dans le Pacifique. Toutes les baleines de la planète déplacent leurs fréquences vers le bas, et l’on n’arrive pas à comprendre pourquoi. Cela s’est fait régulièrement, année par année, avec un ensemble parfait. Au début, nous avons cru que les détecteurs étaient détraqués. Nous nous sommes alors aperçus que le processus remontait aux années 1950, et probablement bien en deçà ». Sans vouloir comparer ces mammifères marins aux mammifères terrestres que nous sommes, sans tenter non plus un parallèle qui serait peu galant entre les baleines et les cantatrices, on peut se demander si la voix humaine ne prend pas le même chemin. Les voix haut placées, voire aigres des films d’avant-guerre ne sont-elles dues qu’aux techniques d’enregistrement de l’époque ajoutées à une émission vocale témoignant d’un temps où le micro n’était pas généralisé ? Question de timbre davantage que de hauteur : lorsqu’on compare Mado Robin et Natalie Dessay, reines du contre-fa à un demi-siècle de distance, la première parait chanter plus haut que la seconde. Question de mode aussi : la fumeuse existentialiste du Saint-Germain d’après-guerre se devait d’avoir la voix grave, genre Marguerite Duras. Le phénomène affecte les hommes, mais c’est moins sensible. Et pourtant, chez les baleines bleues, il n’y a que les mâles qui chantent.

mercredi 16 décembre 2009

Du 78 tours au MP3, ou l’inverse


Ca y est : après un départ piano-piano, le Blu-Ray distance le DVD. Les lecteurs ne sont pas plus chers, et les foyers s’équipent progressivement d’écrans adéquats. Le CD, lui, n’a pas été détrôné par le SACD, mais sa disparition est toujours annoncée. Info, intox, effets d’annonce téléguidés par les fabricants et revendeurs ? En tout cas, le clivage des générations est bien réel. En gros, les vieux regardent leurs disques avec l’œil de Scarlett O’Hara à la veille de quitter Tara, tandis que les jeunes garnissent leur baladeur MP3 sans se demander si la disparition des chers boitiers est ou non une perte irréparable. Comme il l’explique dans un papier plein de nostalgie, le critique musical du Boston Globe, lui, a coupé la poire en deux : il numérise sa discothèque, mais conserve dans le sous-sol les pochettes auxquelles il va régulièrement rendre visite. Pour cela, il faut évidemment avoir un baladeur MP3 genre iPod, mais ne pas être logé dans un T3. Il raconte aussi qu’il a vraiment découvert le Quatuor en sol mineur de Brahms par Arthur Rubinstein et les Pro Arte le jour où un ami le lui a fait entendre en 78 tours. Poussé à ce stade, le fétichisme réunit les générations. Pour le jazz et le rock, les d’jeunes mangeurs de MP3 ne jurent que par le 33 tours vinyle. Pour le classique, ils remontent jusqu’au 78 tours en gomme-laque. Et le Blu-Ray dans tout ça ? Encore un qui va finir au sous-sol.

samedi 12 décembre 2009

Le clavi-viola, ou les limites du génie de Léonard de Vinci


Si les machines volantes de Léonard de Vinci fonctionnent comme ses instruments de musique, l’espace aérien n’est pas près d’être sécurisé. A l’occasion de l’exposition l’Atelier de Leonard da Vinci, à New York, le facteur Edoardo Zanon a construit un clavi-viola (en français : clavecin-alto) selon les plans figurant dans le Codex Atlantico, le recueil de dessins le plus important laissé par l’auteur de La Joconde, et conservé à la Bibliothèque Ambrosiana de Milan. Cet instrument digne du professeur Tournesol, destiné à combiner cordes pincées et cordes frottés, legato et staccato, était prévu pour faire l’économie d’un exécutant, mais il nécessite tout de même la présence d’un assistant, employé à tourner une roue entraînant elle-même une courroie de coton faisant office d’archet, tandis que l’interprète, sur lequel le clavi-viola est fixé à la poitrine et à une jambe à l’aide d’un harnais, doit marcher pour activer le mécanisme, ce qui lui permet, par exemple, d’accompagner commodément une procession. Comme on peut l’entendre en visionnant cette vidéo, le mécanisme en question fait beaucoup de bruit, défaut qu’Edoardo Zanon prévoit d’éliminer en le remplaçant par un moteur électrique. Cela, Léonard ne l’avait pas inventé, laissant par là même entrevoir les limites de son génie.

vendredi 11 décembre 2009

Quand l’homo sapiens allait au concert

L’ethno-minéralogiste Erik Gonthier peut être content : entre les travaux du Palais de Chaillot et la migration d’une partie des collections au musée des Arts Premiers, les lithophones subsahariens néolithiques du Musée de l’Homme n’ont pas souffert. Ces curieux sucres d’orge de pierre (lithos en grec) comptent parmi les premiers instruments de musique. A la différence de l’arpeggione et du glass harmonica, le lithophone a traversé les siècles. On le retrouve en Inde comme au Kenya, en Chine aussi bien qu’en Afrique du nord. Il est l’ancêtre du xylophone, des marimbas et du glockenspiel, le jeu de clochettes de Papageno dans La Flûte enchantée.
Certains de ses avatars européens sont troublants. Ce sont les Musical Stones of Skiddaw, construites en Angleterre dans la première moitié du XIXème siècle, où la rugosité de quatre claviers de pierres alignées contraste avec le raffinement bourgeois d’un coffrage genre piano de famille, et le Steinspiel (jeu de pierres) utilisé par le compositeur allemand Carl Orff, lequel ne rêvait que de retrouver la musique au son de laquelle Wotan montait au Walhalla. On peut préférer imaginer nos grands pères homo sapiens accompagnant leurs chants du son des ces stalactites montés en jeux et frappés d’une baguette de pierre ou de bois, le tout dans l’acoustique de cathédrale de grottes peintes à fresque et éclairées par des torches fumantes. Cérémonies religieuses, rites funéraires, teufs d’enfer façon Famille Pierrafeu ? Tout cela sans doute. Quand on va au concert, il est peut-être bon d’y penser.

A quand le gant bionique qui ressuscitera les doigts d’Horowitz ?


Bionique. Un drôle de mot inventé dans les années 1950, ajoutant à « bio » (la vie) le suffixe - ic (à la manière de) et signifiant imiter la nature quand celle-ci ne fonctionne plus. Or c’est une ancienne pianiste, la Catalane Maria Antonia Iglesias, qui a testé les gants bioniques, destinés à remplacer ses doigts nécrosés par la faute d’un pneumocoque. La señora Iglesias se réjouit des performances de ces gants, équipés d’un système permettant de commander à sa main comme si ses doigts étaient encore là et en particulier de saisir un objet sans l’écraser. On pense à ces pianistes dont les doigts ont un jour refusé de fonctionner (Leon Fleisher, Murray Perahia, Michel Béroff), à ces musiciens atteints de surdité (Beethoven bien sûr, mais aussi Fauré), à ces peintres qui ne voient plus, ou dont les mains sont frappées de rhumatismes, comme Renoir, lequel à la fin de sa vie faisait attacher ses pinceaux à ses doigts douloureux. Reste à inventer le gant bionique qui permettra aux pianistes handicapés de jouer comme avant. Il ne s’agira plus, à l’époque, de vendre son âme au diable, comme dans La Main enchantée de Gérard de Nerval, dont Maurice Tourneur a tiré en 1943 un des grands films fantastiques français : La Main du Diable.

mercredi 9 décembre 2009

Mozart sur ordonnance au Massachusetts Hospital


La musique est un médicament, ne pas dépasser la dose prescrite. Aristote en parlait déjà, et avant lui les Mésopotamiens, que l’on crédite d’avoir inventé la musicothérapie. Le dernier en date à saisir le filon est un chirurgien du Massachusetts Hospital (Etats-Unis), pianiste à ses heures, et nommé Claude Conrad. Pour une intervention de routine, le Dr Conrad écoute les Préludes et fugues (lesquels ?) de Bach, une « musique structurante et analytique ». Quand il s’agit en revanche de traiter d’urgence un grand brûlé, il met de la techno ou du rap. Dans l’unité de soins intensifs qu’il dirige, il a testé ses malades : une heure de mouvements lents de Sonates pour piano de Mozart, et voilà que leur pression artérielle diminue, et que les hormones de stress se calment. Il a testé aussi ses confrères : le folk et le death metal ont un peu ralenti leur travail, mais n’ont pas affecté leur précision, alors que Mozart a amélioré cette dernière, sans modifier leur rythme. Mauvais camarade, un de ses collègues-cobayes, le Dr David Rattner, a déclaré que la musique le détend, mais qu’il écoute de tout, et qu’il serait incapable de dire ce qu’il a dans les oreilles quand il est concentré sur son travail. Résultat des observations : le classique est calmant, le moderne dynamisant, et la musique en général bonne pour la santé. Oubli significatif : le Dr Conrad ne se pose pas la question de la consonance et de la dissonance. Le classique, c’est Bach et Mozart. Faire écouter Schoenberg et Boulez à un chirurgien en train d’opérer, c’est exposer le patient à une boucherie indigne des disciples d’Hippocrate.

dimanche 6 décembre 2009

iPhone : ne coupez pas, le concert va commencer

Une vingtaine d’hommes et de femmes en noir tenant des iPhones et équipés, à chaque poignet, d’un haut-parleur ressemblant à un gros bracelet-montre, deux ordinateurs sur des piédestaux, un chef donnant le départ d’un long accord annonçant un moderne Or du Rhin : sommes-nous à Bayreuth dans un futur hypothétique ? Assistons-nous à une cérémonie initiatique ? Partons-nous à la recherche du son primordial ? Un peu de tout cela : George Essl, le chef, est professeur assistant de génie informatique et de musique à l’Université du Michigan, créateur de l’ocarina App, ou premier instrument de musique pour l’iPhone, directeur du Michigan Mobile Phone Ensemble et co-directeur du Stanford Mobile Phone Orchestra. Les étudiants, eux, ont appris à reproduire sur iPhone le son des instruments traditionnels, ou à en inventer de nouveaux, virtuels, donc sans limites. Après l’Ouverture 1812 de Tchaikovski jouée par mille portables programmés, voici la telephone music au naturel, et dans ses oeuvres. Un grand concert est programmé le 9 décembre. On est prié d’éteindre son portable.

samedi 5 décembre 2009

Stradivarius, un secret qui reste à découvrir


Déception chez les fans : Dan Brown n’écrira jamais un Stradivarius Code. C’est la faute à une douzaine de chercheurs français et allemands, qui se sont penchés sur les vernis utilisés par le luthier, et les ont soumis au diagnostique du synchrotron Soleil, le grand instrument électromagnétique inauguré en 2006 par Jacques Chirac à Saint-Aubin (Essonne), et destiné à accélérer les particules élémentaires (au grand dam de Claude Allègre, lequel roulait, quand il était ministre de la Recherche, pour un système britannique). Et qu’ont-ils découvert, ces dignes scientifiques ? Tout simplement que le vernis en question était constitué de deux fines couches, la première à base d’huile - comme celle qu’utilisent les peintres pour préparer leur toile -, la seconde mélangeant huile et résine de pin, le tout étant destiné à donner aux instruments l’inimitable teinte rouge qui est la signature du maître. Et ça, on le savait déjà, les livres de compte de Stradivarius indiquant l’achat réitéré de sandaraque, de benjoin et de quelques autres épices. Le secret du son, lui, reste intact, et les légendes qui vont avec, la plus célèbre étant que le luthier rangeait ses instruments sous le lit conjugal dans le but de leur transmettre l’énergie dégagée par les folles nuits qu’il y passait avec son épouse. Après tout, Dan Brown pourrait se mettre à un Synchrotron Soleil Code, où il nous expliquerait le rôle ésotérique d’un appareil de quatre-cents millions d’euros destiné à analyser des couches de vernis.