Enième reprise de La Bohème à l’Opéra Bastille, dans la mise en scène éprouvée (et toujours aussi plate) de Graham Vick. Inva Mula est une Mimi melliflue, le ténor n’est pas trop empoté, et le vétéran Daniel Oren tient solidement ses troupes. Seul piment de la soirée : c’est Natalie Dessay qui chante Musette. « Le seul rôle puccinien qui convienne à ma voix », a-t-elle expliqué. « En grisette délurée, elle va tous les avaler tout crus », s’était-on dit. Pas si simple. Musette est le type même du rôle ingrat : quand la chanteuse est bonne, on la remarque à peine ; quand elle ne l’est pas, on ne voit que ça. Dès son entrée, Dessay prend le pouvoir. Dans la Valse (son grand moment) elle fait du Dessay, et ça marche. Mais après, elle joue les utilités, et doit capituler devant Mimi, qui a de plus jolies choses qu’elle à chanter. Et puis au dernier acte, quand Mimi va mourir, quand les hommes restent les bras ballants et que Musette prend la situation en mains, il se passe quelque chose. En deux répliques et trois mouvements, Dessay renvoie décors, costumes et partenaires au rayon des conventions d’opéra. Mais ça, qui le voit ?
Crédit photo : Opéra national de Paris/ Ch. Leiber
A l’Opéra National de Paris – Bastille, jusqu’au 29 novembre.
mercredi 25 novembre 2009
Fin du CD, début de l’utopie
Il y avait un moment que cela nous pendait au nez, mais cela se confirme : le CD n’en a plus pour longtemps. C’est tout au moins ce qu’affirme le fabricant britannique Linn, qui a vu en deux ans ses ventes de lecteurs de CD chuter de 40%, et celles des Streaming Players atteindre 30% en un temps record. Il faut dire que les Streaming Players, qui sont des petites boites miracle permettant de stocker toute votre ex-collection de CD et plus encore, ont l’air performants : son non compressé, absence de pièces mobiles (laser et autres) qui rendent bruyants les lecteurs de CD, pérennité du capital enregistré grâce à un ingénieux système de sauvegarde. Et en plus, vous pouvez écouter vos musiques préférées dans toute la maison sans vous prendre les pieds dans des fils disgracieux. Tout cela, certes, existe déjà (le système Sonos, par exemple), mais en moins haut de gamme. Les temps sont loin, en tout cas, où l’on nous affirmait que la qualité sonore du CD n’était pas près d’être égalée.
Reste qu’une fois encore, et même plus que jamais, la culture est tributaire de la technique. « Chaque fois qu’une nouvelle technique apparaît, elle veut faire la démonstration qu’elle dérogera aux règles et contraintes qui ont présidé à la naissance de tout autre invention dans le passé. » explique Jean-Claude Carrière à Umberto Eco (N’espérez pas vous débarrasser des livres – Grasset, p. 47). N’empêche que depuis le rouleau acoustique, la musique enregistrée dépend des supports sur lesquels elle est stockée. Et bien malin celui qui inventera le support éternel et universel capable de mettre à l’abri toute la mémoire du monde !
Reste qu’une fois encore, et même plus que jamais, la culture est tributaire de la technique. « Chaque fois qu’une nouvelle technique apparaît, elle veut faire la démonstration qu’elle dérogera aux règles et contraintes qui ont présidé à la naissance de tout autre invention dans le passé. » explique Jean-Claude Carrière à Umberto Eco (N’espérez pas vous débarrasser des livres – Grasset, p. 47). N’empêche que depuis le rouleau acoustique, la musique enregistrée dépend des supports sur lesquels elle est stockée. Et bien malin celui qui inventera le support éternel et universel capable de mettre à l’abri toute la mémoire du monde !
Libellés :
disques
Un Arsène Lupin dans l’orchestre
560 000 Livres Sterlings (620 000 euros) : c’est la somme qu’en quatre ans d’activité, le directeur financier de l’Orchestre Philharmonique de Londres, un Australien de trente-cinq ans nommé Cameron Poole, a détourné à son profit. Son épouse, membre actif du Parti Conservateur et candidate aux prochaines élections, l’avait fait engager comme trésorier de la chorale de la Christ Church de Gipsy Hill, mais aucune plainte n’a été déposée de ce côté. L’affaire fait un certain bruit en Angleterre, d’autant que l’administrateur en question avait des allures de play-boy et menait grand train (on comprend maintenant d’où venaient ses ressources). En général, les Arsène Lupin modernes opèrent dans la finance (Jérôme Kerviel) ou le convoi de fonds (Toni Musulin), quand ils ne travaillent pas à l’ancienne, tels les orfèvres (en la matière) qui ont récemment braqué la joaillerie Chaumet. Tous font un tabac sur Internet. Qu’en sera-t-il de Cameron Poole ?
mardi 24 novembre 2009
Diana Damrau : gare aux châteaux en Espagne
D’abord, on frémit. L’Allemande Diana Damrau, qui s’est fait un nom en chantant la Reine de la Nuit, s’y mettrait donc, elle aussi ? « L’Andalousie a tout : la musique, les racines dans la culture marocaine, l’architecture, la beauté des paysages, la fierté du peuple. Les femmes sont fortes et libres, sans pour autant négliger leur féminité. Il y a tout cela dans la musique et la danse flamenco. Même avec vos pieds, vous faites de la musique ». C’est sûr, elle va annoncer qu’elle prépare un récital de mélodies espagnoles, ou (pire !) qu’elle va chanter Carmen. Eh bien pas du tout ! Pour l’instant, elle se contente de prendre des cours de flamenco à … San Francisco, entre deux représentations de La Fille du régiment de Donizetti. Cèdera-t-elle, comme nombre de ses consoeurs non hispanophones, aux sirènes de Granados et Falla, Turina et Montsalvage ? Sans affirmer (parce que c’est faux) qu’on ne chante bien que dans son arbre généalogique, on a tout de même vu jadis la grande Margaret Price et naguère l’intrépide Joyce Di Donato (entre autres, et pour ne prendre que les meilleures), se ridiculiser à vouloir jouer les fières Andalouses. Elles ont cru que l’oeillade était payante et le cante jondo moins difficile à saisir que les finesses aux relents de chrysanthèmes de la mélodie française. Elles ont sans doute vu aussi Victoria de Los Angeles saisir une chaise et une guitare, et révéler le tempérament de feu qu’elle avait si bien caché sous les langueurs de Mimi et de Marguerite. Damrau, elle, se contente pour l’instant de rappeler que sa maman, qui a été étudiante au pair en Espagne, lui a donné le goût du soleil andalou, et que quand elle chante, elle le fait avec le corps tout entier. Déjà, le San Francisco Chronicle l’appelle La Damrita. Aie, aie !
Crédit photo : © John Palmer
Crédit photo : © John Palmer
Libellés :
chanteurs
Londres : Britten fait ses débuts au théâtre
Benjamin Britten et son ex-librettiste, le poète WH Auden, ont une grande discussion, dans les années 1970 à Oxford, à propos de l’art en général et du leur en particulier, de la vie d’artiste, du sexe et de bien d’autre choses encore, tout cela en présence de leur biographe commun, Humphrey Carpenter. Tous deux sont proches de la mort, et le musicien a des problèmes avec le livret de Mort à Venise, qui sera son dernier opéra. C’est le sujet de The Habit of art, la dernière pièce de Michael Bennett (une gloire nationale, l’auteur de Talking Heads, que l’on a pu voir à Paris), ou plutôt le sujet « intérieur », puisque, selon le principe du théâtre dans le théâtre, la pièce raconte l’histoire d’une troupe d’acteurs répétant une pièce à propos de ces deux gloires de la culture britannique. L’œuvre, jouée depuis le 5 novembre au National Theatre, est un succès : impossible de trouver une place avant le 24 janvier. Imaginerait-on, sur la scène de la Comédie-Française, qui est à peu près l’équivalent du National, des acteurs jouant le rôle d’acteurs jouant Francis Poulenc et Jean Cocteau parlant de musique, de sexe (masculin) et de littérature ? Cela se passerait sans doute au Studio Théâtre, la plus petite salle de la Maison de Molière (136 places). A Londres, The Habit of art se joue dans la salle Lyttelton du National Theatre (890 places).
Crédit photo : Johan Persson
Le texte (anglais) de The Habit of art d’Alan Bennett est édité chez Faber and Faber.
Crédit photo : Johan Persson
Le texte (anglais) de The Habit of art d’Alan Bennett est édité chez Faber and Faber.
samedi 21 novembre 2009
Elgar dans la bagarre
Consternation dans le Landernau musical britannique : Edward Elgar était un mauvais tromboniste. « Et alors ? », direz-vous. De ce côté-ci de la Manche, l’auteur de Pump and Circumstances ne figure au Panthéon de la musique que dans la section « compositeurs locaux ». Mais à Londres… Sue Addison, la tromboniste solo de l’Orchestra of the Age of Enlightenment, a découvert une lettre de Dora Penny, un des personnages croqués par Elgar dans ses Variations Enigma, racontant qu’elle avait été prise de fou rire le jour où celui-ci lui avait joué un air de trombone. Or voilà que notre Sherlock Holmes tromboniste a retrouvé l’instrument du maître dans les collections du Royal College of Music, et qu’elle l’a joué au Royal Festival Hall à l’occasion d’une récente exécution de The Dream of Gerontius, un oratorio d’Elgar très célèbre là-bas. « Et alors ? », allez-vous répéter. Et alors, indépendamment de l’intérêt de l’anecdote pour les biographes d’Elgar et pour la publicité personnelle de Mrs. Addison, voilà relancé le vieux débat : « Comment un compositeur qui a écrit de si belles choses pour le trombone pouvait-il être incapable de jouer correctement de l’instrument en question ? » Sans répéter que Ravel était un mauvais chef et que Messiaen était incapable de voler comme ses chers oiseaux, il est toujours bon de se rappeler que les créateurs créent et que les instrumentistes jouent, que les artistes agissent et que les critiques réagissent, et qu’il n’est pas obligatoire que les uns sachent faire ce que font les autres pour bien faire ce qu’ils font eux-mêmes. Et si le sort d’Elgar vous préoccupe encore, dites-vous qu’il était imbattable au piano, au violon et à l’orgue.
Hadopi de mal en pis
La loi Hadopi? Il va encore falloir la revoir. Une nouvelle étude publiée en Angleterre affirme que les internautes qui se livrent à des téléchargements illégaux sont aussi ceux qui dépensent le plus d’argent pour étancher leur soif de musique : 77 £ (85,59 euros) en moyenne par an contre 33 £ (36,68 euros) pour ceux qui affirment n’avoir jamais touché au téléchargement interdit. « Les politiciens comme les éditeurs vont devoir admettre que la nature de la consommation musicale a changé », commente l’institut de sondage, ajoutant que « pour une génération qui n’a pas été habitué à payer, le partage de fichiers est un outil de découverte ». Il y a même des stars qui assurent se porter très bien du téléchargement illégal, au motif que cela les rapproche de leur public. Des stars pour d’jeunes, bien sûr. Qu’en pensent nos divas, pianistes et maestros, qui comptent plutôt leurs fans parmi les parents, voire les grands-parents des d’jeunes en question ?
Libellés :
disques
vendredi 20 novembre 2009
Un concert au bordel
A l’exemple de Jean-Claude Casadesus avec son Orchestre de Lille, on a vu des phalanges se délocaliser dans des écoles, des prisons, des usines, des granges et des maisons de retraite. Comme tout a été fait dans ce domaine, et selon le principe qu’il faut aller chercher le public là où il est, le Forum Zeitgenössischer Musik Leipzig (FZML) a programmé, le 20 novembre, un Bordellkonzert (pas besoin de traduire) à l’Eros Center de la ville de Bach. Six musiciens et une mezzo-soprano ont interprété des pièces licencieuses et érotiques, parmi lesquelles Le Flirt d’Erik Satie, Sept Mélodies Erotiques de Dirk D’Ase, et Rythm Strip pour deux caisses claires d’Askell Masson. Sur le site du FZML, une photo représentant un violoniste visiblement inspiré par une go-go dancer lovée sur sa barre, donne, si l’on ose dire, le « ho là là ». Le concert a servi de produit d’appel à Sex.Macht.Musik (le Sexe fait de la musique), un festival de culture érotique qui a lieu à Leipzig du 4 au 6 décembre. Si les Leipzigois font à cette occasion sauter le verrou qui maintient la musique classique dans sa séculaire bienséance, on peut tout imaginer : les Variations « Eroica » de Beethoven vont devenir les Variations « Erotica »et le Knaben Wunderhorn de Mahler le « Corps merveilleux de l’enfant de malheur ».
Alexandre Tharaud : Transfert
En prélude au bicentenaire de la naissance de Chopin, Alexandre Tharaud sort fin novembre un CD intitulé Journal intime. Sous ce titre qui lui ressemble, il réunit, comme il aime le faire, des pièces illustres (la 1ère Ballade) et des raretés (la Contredanse). Quelques mois après le double album Satie qui a ravi ses fans, Harmonia Mundi met donc les bouchées doubles avec son pianiste vedette. Eh bien, pas du tout : c’est sous étiquette Virgin que paraît le nouvel album. Comme les stars du ballon rond, les as du clavier jonglent avec les clubs. Chez Virgin, le wonder boy rejoint une équipe où brillent déjà David Fray, Piotr Anderszewski et Nicholas Angelich. Pas grave, direz-vous, il est unique et le restera. On n’attend que cela de lui. Pendant ce temps, Harmonia Mundi sera occupé à lancer le récital Chopin d’Alain Planès, un compagnon de longue date, enregistré sur un piano Pleyel de 1837 et reproduisant le programme d’un des rares concerts que Chopin a donnés à Paris.
Libellés :
disques
jeudi 19 novembre 2009
Radio-Paris, station culturelle
Déjà la pochette, illustrée d’une photo en sépia, fait un peu froid dans le dos : « Le Grand Orchestre de Radio-Paris 1944, Théâtre des Champs-Elysées. Mengelberg-Tortelier ». Au programme : l’ouverture d’Anacréon de Cherubini, le Concerto pour violoncelle de Dvorak avec Paul Tortelier en soliste, et la Symphonie de Franck. Le texte de présentation, signé par le collectionneur Jean Farjanel, est à peine plus rassurant, qui nous explique que le grand chef néerlandais Willem Mengelberg (lequel n’a jamais caché sa sympathie pour le régime nazi), a donné vingt-huit concerts gratuits et radiodiffusés au TCE entre 1942 et 1944, et que celui-ci, daté du 16 janvier 1944 et préservé sur disque Pyral, a été fortuitement retrouvé l’année dernière, après avoir miraculeusement survécu à la mise à sac, en août 44, de la station collaborationniste. On s’en veut presque de regretter que le document ne comporte pas les « Informations de Radio Journal » qui précédaient ces retransmissions et distillaient la propagande officielle auprès du large public (eh oui, du classique en prime time !) qui les écoutait. Ce que nous devrions surtout nous demander, c’est pourquoi ce genre d’archives dégage encore une odeur de soufre, et pourquoi, alors que ses enregistrements avec l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam sont considérés comme des musts, Mengelberg collaborateur en Hollande dérange moins que Mengelberg collaborateur à Paris. C’est peut-être parce que, comme on l’entendait à Radio-Londres sur l’air de la Cucaracha, « Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand ».
Un album de 2 CD Malibran Music (distribué par DOM)
Un album de 2 CD Malibran Music (distribué par DOM)
Libellés :
disques
Inscription à :
Articles (Atom)







