dimanche 7 mars 2010

L’Or du Rhin à la Bastille : le miroir déformant de Günter Krämer

La malédiction du Nibelung serait-elle conjurée à l’Opéra de Paris ? Depuis 1957, impossible d’y donner les quatre volets de La Tétralogie. La dernière fois, en 1976, l’entreprise n’était pas allée plus loin que La Walkyrie, laissant exsangues des pointures telles que Georg Solti, Peter Stein et Klaus Michael Grüber (censés monter deux opéras chacun). Pourquoi s’obstiner, puisqu’on en a vu depuis des cycles complets au Théâtre des Champs-Elysées (en concert et sur scène), au Châtelet (par deux fois) et, récemment, au festival d’Aix ? Tout simplement parce qu’une maison qui ne vient pas à bout de ce monument qui est à l’opéra ce que Le Soulier de satin est au théâtre est suspectée de ne pas être bien tenue. Aujourd’hui donc, L’Or du Rhin. La Walkyrie suivra fin mai, et les deux autres « journées » la saison prochaine. Dans la fosse : Philippe Jordan, pour ses débuts de directeur musical. Sur le plateau, la mise en scène de Günter Krämer, gloire du théâtre en Allemagne. Gros succès à la première, jeudi 4 mars. L’orchestre est allant et précis : Jordan a dû écouter son père Armin, chef wagnérien de type « méditerranéen ». Les chanteurs sont à la hauteur, avec l’Anglais Kim Begley en Dieu du feu façon Fratellini, et une incroyable contralto chinoise, Qiu Lin Zhang, en Terre Mère aux allures de Sissi Impératrice. Car Krämer mélange les genres et brouille les codes. Pour nous montrer que le monde des dieux et des géants est un univers impitoyable, il fait appel au cirque, au cabaret, à la BD, à la SF. Il n’innove pas vraiment, mais achève de nous persuader qu’une lecture innocente du grand œuvre wagnérien est désormais impossible. Si La Tétralogie fascine toujours autant, c’est parce qu’elle nous tend un miroir à peine déformant. Ce qu’on y voit n’est pas flatteur. Tirez le rideau !

Crédit photo : Opéra national de Paris/ Elisa Haberer


Wagner : L’Or du Rhin. A l’Opéra de Paris Bastille, les 10, 13, 16, 19, 22, 25, 28 mars.

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